Wind Beneath My Wings – Bette Midler ou comment pleurer avec panache
- L'Agent Secret des Chansons

- 12 nov.
- 4 min de lecture

Il y a des chansons qui ne se contentent pas d’émouvoir, elles suspendent le temps. Wind Beneath My Wings plane au-dessus des modes, portée par la voix d’une Bette Midler habitée, fragile et puissante à la fois.
Avant les larmes : la tornade Midler
Petit rappel. Avant d’être la grande prêtresse de la larme hollywoodienne, Bette Midler a d’abord été une bête de scène. Née à Honolulu, élevée à la bonne vieille école du théâtre et du culot, elle débarque à New York dans les années 60 avec plus d’ambition que de bagages. Elle joue dans Fiddler on the Roof, chante dans les cabarets gays du Continental Baths accompagnée par un jeune Barry Manilow, et invente un personnage entre Judy Garland et une stand-uppeuse en robe à sequins.
En 1972, elle sort son premier album, The Divine Miss M, et décroche un Grammy. Rien que ça. Puis viennent les années 70, les plateaux télé, les shows débridés, les films (The Rose, où elle brûle littéralement l’écran), et la reconnaissance critique.
Bref, la fille d’Hawaï devient la reine des grandes émotions, capable de passer d’une blague sur les seins à une chanson sur la mort sans changer de rouge à lèvres.
Les années 80 : entre comédie et mélodrame
Au milieu des années 80, Bette est partout. Elle tourne dans Ruthless People, Big Business, Down and Out in Beverly Hills... Son humour cabossé et sa voix de velours râpé font merveille. Mais l’actrice-chanteuse a un faible pour les histoires qui font pleurer dans les popcorns. C’est ainsi qu’en 1988 débarque Beaches (Au fil de la vie chez nous), un film de Garry Marshall (Pretty woman) sur l’amitié, la vie, la mort et les permanentes.
Le pitch : deux amies que tout oppose, la flamboyante CC Bloom (Midler) et la sage Hillary (Barbara Hershey), se retrouvent après des années. Spoiler : l’une meurt, et l’autre chante. À la fin du film, Bette entonne Wind Beneath My Wings pendant les derniers moments de son amie, et tout le monde fond. Littéralement.
Sauf qu’à la base, Wind Beneath My Wings n’avait rien à voir avec tout ça.
Une chanson qui a beaucoup voyagé
Écrite en 1982 par Larry Henley et Jeff Silbar, la chanson dormait dans les tiroirs de Nashville depuis plusieurs années. Les auteurs pensaient la confier à un chanteur country ou à Bob Seger. Le texte, d’abord romantique, devient peu à peu un hymne à la gratitude : « Did you ever know that you’re my hero? », la phrase que tous les baby-boomers ont un jour hurlée au karaoké.
Mais avant Midler, la chanson a connu une vie bien remplie : Roger Whittaker, Lou Rawls, Sheena Easton, Gladys Knight & The Pips… Tout le monde a tenté sa chance. Aucun n’a vraiment décollé. Il fallait la rencontre entre une diva au cœur tendre et un film calibré pour mouchoirs parfumés.
Marc Shaiman, arrangeur fidèle de Midler, lui suggère de la chanter pour Beaches. Elle rechigne d’abord. « Trop gnangnan », dit-elle. Heureusement qu’il insiste : « Si tu ne la chantes pas, je ne te parle plus. » Et elle finit par céder. Moralité : il avait raison.
Quand la pop se met à genoux
La version de Bette Midler, produite par Arif Mardin (retrouvailles donc avec son ancien producteur, le même qui avait bossé avec Aretha Franklin et les Bee Gees), sort début 1989. C’est un slow de velours, avec tout ce que les années 80 savaient faire de plus excessif : claviers sirupeux, cordes célestes et montée finale façon cathédrale. Mais ce qui sauve tout, c’est elle. Elle chante comme on parle à quelqu’un qu’on a aimé trop fort, sans surjeu.
La chanson accède à la première place du Billboard (single de platine et le seul n°1 de sa carrière), rafle deux Grammy Awards (Chanson et Enregistrement de l’année) et devient un standard universel (sauf en France, où le film et la chanson passent un peu inaperçus). Aujourd’hui encore, elle reste l’un des morceaux les plus joués lors des funérailles au Royaume-Uni. Oui, même les Anglais pleurent.
Beaches, l'album
Le film n’est pas qu’un prétexte à la chanson. Le Beaches Original Soundtrack est un petit bijou de variété américaine. On y trouve Under the Boardwalk (clin d’œil à la première rencontre des héroïnes), I Know You by Heart en duo avec David Pack, le délirant Otto Titsling (écrit par Midler elle-même, sur l’inventeur imaginaire du soutien-gorge), et la belle reprise de The Glory of Love.
L’album cartonne. Trois millions d’exemplaires vendus rien qu’aux États-Unis, triple disque de platine, et un public conquis qui associera désormais Bette Midler à ce titre pour l’éternité. Pourtant, ironie du sort, Wind Beneath My Wings n’était pas prévue comme single principal. Comme quoi, dans la vie, le vent souffle parfois du bon côté.
La diva et la postérité
Depuis, la chanson n’a jamais quitté Bette Midler. Elle l’a chantée à la télévision, au Yankee Stadium après le 11 septembre, et même lors de la cérémonie des Oscars 2014. À chaque fois, même effet : silence, émotion.
Midler, elle, continue son petit bout de chemin entre cinéma, Broadway et activisme à coups de punchlines. Elle a remporté un Tony Award pour Hello, Dolly!, et a réussi l’exploit de se faire insulter par Donald Trump sur Twitter, preuve qu’elle reste politiquement inflammable.
Mais Wind Beneath My Wings reste son Everest sentimental. La chanson qu’elle n’avait pas voulu chanter, devenue son hymne. Celle qui dit tout : l’amour, la reconnaissance, et cette étrange pudeur des gens qui savent qu’ils ne seraient rien sans les autres.
Alors oui, Wind Beneath My Wings a un peu vieilli avec ses synthés, et le brushing de la pochette est d’époque. Mais sa sincérité, elle, n’a pas pris une ride. Et franchement, si quelqu’un a été mon vent sous les ailes, c’est bien Bette Midler.
Wind Beneath My Wings – Larry Henley & Jeff Silbar
Production : Arif Mardin
Film Beaches (Au fil de la vie) (1988)
Grammy Awards 1990 : Record & Song of the Year




Commentaires