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Could it be magic - Donna Summer, de Chopin au disco.



Could It be magic est une chanson qui a connu plusieurs vies : une vie classique, une vie pop romantique, une vie disco, une vie boys band, et même une vie française où le temps court plus vite que nos souvenirs d’enfance. Bref, un vrai roman musical.


À l’origine, il y a un piano et un prélude de Frédéric Chopin, l’opus 28 numéro 20 en do mineur. Treize mesures lentes, presque funèbres. Et c’est précisément là que le jeune Barry Manilow, au début des années 70, va poser ses valises.


Barry Manilow, le romantique obstiné


En 1971, Manilow n’est pas encore la star de Copacabana. Il écrit des jingles publicitaires, accompagne Bette Midler au piano (dans les bains gays de New-York!), et cherche sa voie. Un jour, en jouant Chopin, il entend autre chose. Une progression d’accords, une tension dramatique. Il compose un titre qui s’ouvre et se referme sur le prélude. Pas de camouflage. Plutôt un hommage assumé.


La première version sort sous le nom d’un groupe de studio, Featherbed, dans lequel est intégré Manilow. Le résultat est un peu bubblegum, et passe totalement inaperçu. Manilow lui-même n’est pas satisfait. Trop loin de son idée initiale, trop loin de l’émotion brute.


Alors il reprend la main. En 1973, sur son premier album solo, il enregistre une version longue, plus de sept minutes, ample, dramatique. Les couplets basculent en do majeur, le refrain replonge dans l’ombre de Chopin. Et cette phrase « Sweet Melissa, angel of my lifetime », clin d’œil à Melissa Manchester.

En 1975, sous l’impulsion de Clive Davis, il sort une nouvelle version, et le single atteint cette fois la sixième place du Billboard américain. La magie opère enfin.

Could It be magic est devenue ce que Manilow sait faire de mieux : une ballade théâtrale, pleine de cordes, de crescendos, d’élan amoureux et presque excessive.


Donna Summer, la métamorphose disco


Et puis arrive 1976. Donna Summer s’empare de la chanson, épaulée par Giorgio Moroder et Pete Bellotte.

Sur son album A Love Trilogy, le tempo de Could It be magic s’accélère, la basse pulse. Donna garde l’ossature mélodique et les paroles, mais change un détail intime, Sweet Melissa devient Oh Sweet Peter, en référence à son compagnon de l’époque. La chanson grimpe à la troisième place du classement dance américain. Elle n’est pas un énorme tube pop aux États-Unis, mais elle s’impose dans les clubs. En Europe, elle se faufile dans les classements, notamment aux Pays-Bas et en Belgique.


La noirceur de Chopin supporte ici très bien le rythme disco. Là où Manilow implorait, Donna Summer exalte. Même question, Could it be magic, mais pas la même réponse. Chez lui, c’est une supplication. Chez elle, c’est déjà une évidence. Personnellement, j’ai toujours trouvé que la version de Donna avait quelque chose d’un peu mystique.


Take That, la pop des années 90


En 1992, le boys band britannique Take That reprend le flambeau. À l’époque, Robbie Williams n’est pas encore la superstar solo qu’il deviendra, mais il chante la voix lead sur cette chanson.


Leur version, incluse sur Take That & Party, s’inspire autant de Manilow que de Donna Summer. On y trouve un arrangement modernisé, synthés, percussions plus sèches, production calibrée pour les radios FM. Les paroles restent proches de la version originale, avec quelques ajustements.


Et ça marche. Le single atteint la troisième place au Royaume-Uni et offre au groupe un Brit Award. Pour toute une génération, Could It be magic sera un hymne pop à chanter en chœur.


Le Temps qui court, l’adaptation française


En France, l’histoire prend un autre tournant. En 1975, Jean-Michel Rivat adapte la chanson pour Alain Chamfort sous le titre Le Temps qui court.

Et là, on quitte la déclaration amoureuse pour un thème plus universel, le temps qui passe, l’enfance qui s’efface, les jouets remplacés par l’argent et les responsabilités. « Et finalement, après quelques années, les hommes ont remplacé tes poupées ».


J’ai découvert la chanson par cette version. Et je garde un faible immense pour ce démarrage au piano, doux et grave. Chamfort apporte une fragilité élégante. Là où Manilow parle d’une femme, Rivat parle de nous tous. « Le temps qui court, qui nous rend sérieux ». C’est simple, mais ça touche juste.


La chanson sera reprise par Alliage en 1997, version boys band hexagonale, puis par Les Enfoirés en 2006, qui en feront un succès collectif. On notera aussi une version québécoise par Michèle Richard, Comme l’oiseau bleu, plus proche de la veine disco de Donna Summer.


Medley Donna Summer / Barry Manilow / Alain Chamfort / Take That / Alliage


Une chanson caméléon


C’est peut-être ça, la vraie magie. Une structure classique, solide, presque académique, qui autorise toutes les interprétations. Une mélodie qui supporte le piano seul comme la production la plus clinquante.


Dans la carrière de Barry Manilow, elle marque le moment où le compositeur de jingles devient un auteur à part entière. Pour Donna Summer, elle confirme qu’elle peut transformer n’importe quelle matière en or disco. Pour Take That, elle sert de tremplin vers la reconnaissance. Pour Chamfort, elle offre un classique français inattendu.

Could it be magic. Oui. À condition d’avoir de bonnes chansons. Et celle-ci en est une.


NB : D'autres reprises et adaptations en 1976 :

J'attendrai par Dalida (Tornerai de Dino di Luca, adaptée par Rina Ketty),

Maladie d'amour par Elisabeth Jérôme (Maladie d'amour de Léona Gabriel, reprise par Henri Salvador),

Cette année-là par Claude François (December, 1963 des Four Seasons)

Ne raccroche pas je t’aime par Carène Cheryl (I'll go where your music takes me de Jimmy James & the Vagabonds)



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