Twin Peaks The Return : "Shadow" des Chromatics, la chanson emblématique de ce retour fascinant.
- L'Agent Secret des Chansons

- il y a 7 heures
- 3 min de lecture

A partir du 21 mai 2017, des millions de téléspectateurs découvrent enfin la suite de Twin Peaks. Plus de vingt-cinq ans se sont écoulés depuis la diffusion de la série originale. Entre-temps, le monde a changé, la télévision a changé, et même les amateurs de café semblent avoir changé.
David Lynch, lui, réinvente le monde des séries pour une seconde fois.
Quelques heures plus tard, à la fin du deuxième épisode, le générique n'arrive pas. À la place, direction le Roadhouse. Un groupe monte sur scène. Les premières notes de Shadow résonnent. Et soudain, Twin Peaks est de retour.
Ou plutôt, Twin Peaks est revenu sous une forme nouvelle, plus étrange, plus libre, plus hypnotique encore.
Pour ma part, Twin Peaks The Return est probablement l'objet sériel et cinématographique le plus étonnant et le plus puissant que j'ai vu de ma vie. Je l'ai regardé trois fois dans son intégralité et je continue d'y découvrir des détails, des échos et des mystères qui m'avaient échappé. Certains épisodes ressemblent à du cinéma expérimental diffusé en prime time. D'autres à une méditation sur le temps, la mémoire ou la disparition.
Et au cœur de cette aventure, la musique joue une fois encore un rôle essentiel.
Shadow des Chromatics est la première performance musicale du Roadhouse dans cette nouvelle saison. Le groupe américain s'inscrit bien dans l'univers imaginé par Lynch. Même mélancolie flottante, même impression d'être suspendu entre rêve et réalité, même capacité à rendre une scène intemporelle.
La chanson ne cherche pas à expliquer ce que le spectateur vient de voir. Elle prolonge au contraire le sentiment d'étrangeté.
À cet instant, Lynch semble nous murmurer : vous pensiez revenir dans le Twin Peaks de 1991, mais ce voyage va vous emmener beaucoup plus loin.
Ce qui rend Shadow importante dans l'histoire de la série, c’est qu’elle marque une transition. Celle qui relie le souvenir de Twin Peaks à sa réinvention.
D'ailleurs, la musique occupe dans The Return une place encore plus centrale que dans les saisons originales. À la fin de presque chaque épisode, le Roadhouse devient une scène ouverte où se succèdent artistes confirmés et groupes indépendants. Comme si Lynch avait décidé de transformer la série en club de concert perdu quelque part entre notre monde et la Loge Noire.
A la base, ce final d'épisodes n’était pas prévu dans le scénario, puisque Lynch avait imaginé un film de 18H diffusable en morceaux. Mais en rencontrant des artistes présentés par Brian Loucks, son agent musical, les prestations se sont imposées d’elles-mêmes. Elles ont d’ailleurs toutes été filmées début mars 2016, au Woman’s Club de South Pasadena.
Sur cette scène, il y a aussi No stars, interprétée par Rebekah Del Rio. La chanson possède une histoire particulière puisqu'elle a été écrite par David Lynch et Angelo Badalamenti. Impossible de ne pas y voir un pont entre le Twin Peaks d'hier et celui d'aujourd'hui. Sa beauté fragile semble résumer à elle seule tout ce que raconte The Return : la nostalgie, les regrets et la persistance des souvenirs.
Parmi les moments musicaux les plus marquants de la série figure My prayer des Platters, qui est diffusée par une station de radio locale pendant l’épisode 8, un épisode quasiment muet en noir et blanc, un des meilleurs épisodes pour nous ici à L'agent Secret, et un objet fascinant…
Pour les amateurs de la série originale, The Return réserve également quelques cadeaux particulièrement émouvants. Parmi eux, le retour de Julee Cruise. Dans l'épisode 17, sa voix réapparaît avec The world spins, la chanson dont je parlais dans le précédent article. Quelques secondes suffisent pour provoquer un choc émotionnel, comme si le temps s'effaçait soudain. Comme si les vingt-cinq années écoulées n'avaient jamais existé.
C'est peut-être cela, finalement, le secret de Twin Peaks.
Faire cohabiter le passé et le présent. Faire surgir l'émotion là où on ne l'attend plus.
Et nous rappeler que certaines chansons sont bien plus que de simples chansons. Elles deviennent des portes. Il suffit de les écouter pour retourner instantanément dans un monde que l'on croyait avoir quitté.
Même lorsque ce monde est peuplé de doubles maléfiques, de géants énigmatiques et de hiboux qui ne sont pas ce qu'ils paraissent.

Commentaires