Succession, la musique : le générique de Nicholas Britell raconte toute la série.
- L'Agent Secret des Chansons

- il y a 10 heures
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Quelques notes de piano.
C'est parfois tout ce qu'il faut pour reconnaître une série, le thème de Succession appartient à cette catégorie très rare de musiques capables de faire surgir instantanément un univers entier.
En quelques secondes, Nicholas Britell nous plonge dans le monde des Roy. Un monde de richesse insolente, de rivalités familiales et de guerres de pouvoir où chacun semble prêt à trahir tout le monde, y compris lui-même.
Puis arrivent les cordes, élégantes et majestueuses. Enfin, un rythme plus moderne s'invite dans l'ensemble. Comme si une œuvre classique avait soudain décidé d'aller faire un tour dans un studio de hip-hop.
Avant même qu'un personnage prononce le moindre mot, Nicholas Britell a déjà résumé l'univers de Succession.
Lorsque la série débute en 2018, personne ne s'attend vraiment à ce qu'une histoire de succession au sein d'un empire médiatique devienne un phénomène culturel mondial. Ici, à L'agent secret des chansons, suivre les querelles d'une famille de milliardaires gâtés ne nous semblait pas forcément à une idée irrésistible.
Puis arrive Logan Roy.
Puis arrivent ses enfants.
Et très vite, on a compris que Succession n'est pas une série sur les affaires.
C'est une tragédie familiale, drôle, féroce, extrêmement jouissive.
Une tragédie shakespearienne où les châteaux ont été remplacés par des gratte-ciel, les chevaux par des hélicoptères et les couronnes par des groupes de médias internationaux.
Nicholas Britell a parfaitement compris cela.
Son thème principal joue en permanence sur les contradictions qui définissent les Roy. La musique paraît noble, presque aristocratique. Pourtant, quelque chose sonne faux. Une tension s'installe. Une forme d'inconfort. Comme si le vernis pouvait craquer à tout moment.
Après tout, les Roy possèdent des jets privés, des yachts et des immeubles entiers, mais ils passent leur temps à se disputer comme des enfants dans une cour de récréation hors de prix.
La musique raconte exactement cela.
Ce mélange entre grandeur et ridicule.
Entre prestige et misère affective.
Entre Shakespeare et télé-réalité.
Le plus impressionnant est que Britell parvient à faire évoluer ce matériau tout au long des quatre saisons. Le thème principal se décline sous de multiples formes, tantôt mélancoliques, tantôt triomphantes, tantôt menaçantes.
À chaque fois, il accompagne les personnages sans jamais leur accorder le moindre répit.
Car derrière les négociations, les trahisons et les batailles boursières, Succession raconte surtout une histoire assez simple : celle d'enfants qui cherchent avant tout l'approbation de leur père.
Même lorsqu'ils ont cinquante ans, même lorsqu'ils possèdent plusieurs milliards de dollars.
La série utilise peu de chansons marquantes comparée à d'autres dont on parle dans cette série d'articles. Lorsqu'elles apparaissent, elles ont donc souvent un impact particulier.
C’est le cas par exemple d'Honesty de Billy Joel. La scène est devenue légendaire. Kendall Roy (Jeremy Strong), qui répète sa prestation à sa fête d’anniversaire sur une chanson dont le thème est l’honnêteté, il y a quoi éclater de rire.
Dans un registre plus comique encore, il y a évidemment L to the OG. Voir ce même Kendall se transformer en rappeur amateur lors d'une réception d'entreprise reste l'un des moments les plus improbables de la télévision. Persuadé d'offrir un hommage émouvant à son père, il livre un numéro dont lui seul semble mesurer la sincérité. Le malaise est total. Le rire aussi. Et pourtant, on retrouve le thème central de la série : un enfant prêt à tout pour obtenir un regard bienveillant de son père.
Mais la musique de Nicholas Britell reste essentielle.
Parce qu'elle exprime souvent ce que les personnages sont incapables de dire eux-mêmes.
Le générique de Succession est aujourd'hui devenu un must. Quelques notes suffisent pour faire surgir l'image d'un hélicoptère survolant Manhattan, d'une réunion catastrophique ou d'un regard désapprobateur de Logan Roy.
La plupart des génériques présentent une série.
Celui de Succession la dissèque.
Comme un rappel que derrière les fortunes colossales, les conseils d'administration et les excès en tous genres, il y avait surtout une famille incapable de s'aimer elle-même correctement.
Et comme dit le benjamin Roman (Kieran Culkin), toujours sans filtre :
We are bullshit. You are bullshit... I'm fucking bullshit. She's bullshit. It's all fucking nothing. Man, I'm telling you this because I know it, okay? We're nothing.



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