Twin Peaks : comment « The world spins » est devenue la chanson la plus bouleversante de la série.
- L'Agent Secret des Chansons

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Le Roadhouse est plein. Sur scène, une chanteuse en robe noire commence à chanter tandis que les habitués du bar regardent dans sa direction. En apparence, c'est une scène banale. Un concert dans un bar de province. Sauf que nous sommes à Twin Peaks. Et à Twin Peaks, même les chansons semblent savoir des choses que les personnages ignorent encore.
Quelques minutes plus tard, The world spins de Julee Cruise va transformer une simple séquence musicale en l'un des moments les plus bouleversants de toute la série.
Pour parler de cette chanson, je vais être obligé de faire tomber momentanément le masque de l'agent secret. Twin Peaks est tout simplement ma série préférée de tous les temps. La première de mon classement. Celle qui occupe la place numéro un depuis plus de trente ans.
Je me souviens encore de sa découverte en 1990 sur La Cinq, la chaîne de Berlusconi. Je me souviens du choc provoqué par chaque épisode, puis de Fire walk with me découvert au cinéma. Ensuite sont arrivés les coffrets VHS, puis les DVD, les livres, les magazines, les bandes originales... Une passion qui n'a jamais vraiment disparu. Et je ne parle même pas de Twin Peaks: The Return, qui méritera bientôt son propre article.
Mais revenons à notre chanson.
Lorsque Twin Peaks arrive sur les écrans en 1990, David Lynch et Mark Frost inventent pratiquement un nouveau langage télévisuel. La série ressemble à un soap opera tombé dans une machine à rêves. On y trouve des meurtres, des histoires d'amour, du café, des tartes aux cerises et des visions qui semblent avoir été envoyées directement depuis une autre dimension.
Au cœur de cet univers flotte une voix. Celle de Julee Cruise.
La chanteuse est l'une des pièces maîtresses de l'aventure Twin Peaks. Sa voix semble toujours provenir d'un endroit situé quelque part entre le réel et le souvenir. Lynch écrit les textes, Badalamenti compose la musique et Cruise apporte cette douceur mélancolique qui deviendra l'une des signatures sonores de la série.
The world spins apparaît dans l'un des moments les plus importants de Twin Peaks. Sans trop révéler l'intrigue pour les rares personnes qui n'auraient jamais visité la petite ville la plus étrange de l'histoire de la télévision, la chanson intervient après la révélation du meurtrier de Laura Palmer, un épisode de la saison 2 particulièrement intense sur le plan émotionnel.
Julee Cruise chante sur la scène du Roadhouse.
Les personnages sont présents.
Le public aussi.
Et soudain, quelque chose se produit.
La chanson semble absorber toute l'émotion accumulée depuis le début de la série. Les regards se figent. Les visages se ferment. Les certitudes s'effondrent. Pendant quelques minutes, Twin Peaks cesse d'être une série télévisée pour devenir une expérience collective de tristesse et de beauté.
C'est précisément ce qui rend cette scène si mémorable. Lynch ne cherche pas à souligner l'émotion avec des effets appuyés. Au contraire. Il laisse la musique faire le travail.
The world spins avance lentement, presque en apesanteur. La voix de Julee Cruise semble flotter au-dessus des personnages comme un commentaire venu d'ailleurs. Le résultat est déchirant et magnifique.
On pourrait faire un article sur chacun des morceaux présents dans la série. Mais dans la mythologie musicale de Twin Peaks, un autre titre occupe aussi une place essentielle : Laura Palmer's theme. Cette composition d'Angelo Badalamenti est probablement l'un des plus grands thèmes jamais écrits pour la télévision. Quelques notes suffisent pour faire surgir toute la tragédie du personnage de Laura Palmer. À chaque apparition, le morceau agit comme un rappel que derrière les excentricités de la ville se cache une immense blessure.
Pourtant, si Laura Palmer's theme représente le cœur émotionnel de Twin Peaks, The world spins en est peut-être l'âme.
Et puis il y a le générique.
Difficile d'imaginer Twin Peaks sans les images de la scierie, les paysages brumeux et cette musique immédiatement reconnaissable. Le thème instrumental qui ouvre chaque épisode est la version orchestrale de Falling, chanson enregistrée par Julee Cruise pour son album Floating into the night de 1989. Un album écrit par Lynch et Badalamenti, après leur collaboration avec la chanteuse sur le film Blue Velvet.
Comme souvent chez Lynch et Badalamenti, tout est lié. Falling, Laura Palmer's theme et The world spins semblent appartenir au même rêve mélancolique. Un rêve dont les spectateurs, plus de trente ans après, continuent de chercher la sortie.
Et pour être honnête, je ne suis pas certain d'avoir envie de la trouver.
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