The drama : les chansons du film, de Juliette Gréco à Shira Small.
- L'Agent Secret des Chansons

- il y a 7 heures
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Attention spoilers!
The drama, réalisé par Kristoffer Borgli, est sur le papier une comédie romantique un peu noire avec Zendaya et Robert Pattinson qui préparent leur mariage. Dans les faits, c’est une dissection acide du couple moderne, avec un sens du malaise digne d’un dîner de famille raté un soir de réveillon.
Mais sous cette tension (crédible ou pas selon les avis), il y a une autre histoire qui se raconte. Une histoire parallèle, faite de chansons rares et de trésors oubliés. Et là, clairement, The drama devient un terrain de jeu pour amateurs de pépites.
Une romance qui déraille, une playlist qui éclaire
Tout commence comme une comédie romantique presque classique. Une rencontre maladroite dans un café, puis deux ans plus tard, un mariage imminent. Jusque-là, on est bien. Sauf qu’une confession vient tout faire exploser. Emma révèle un passé sombre, un projet de fusillade scolaire abandonné. À partir de là, tout se fissure. Le couple se regarde autrement. Les amis deviennent juges.
Et chaque chanson agit comme un commentaire émotionnel. Pas un « soulignage » lourd. Plutôt un contrepoint, parfois ironique.
Shira Small : l’innocence avant la chute
Dans la première partie du film, une chanson suspend le temps. I want to lay with you de Shira Small accompagne une répétition de danse entre Emma et Charlie.
Ce morceau obscur des années 70, enregistré par une adolescente, Shira Small, qui abandonnera la musique peu après pour devenir assistante médicale, dégage une pureté presque irréelle. Une voix fragile, une mélodie simple, et cette sensation que le monde pourrait être doux.
La scène de chorégraphie devient alors une illusion. Un instant parfait dans un film qui ne croit pas au parfait. Et Shira Small, sortie des archives poussiéreuses grâce à des passionnés, devient la bande-son de ce bonheur peut-être condamné.
Juliette Gréco : le fantôme du passé
Plus loin dans le film, changement radical d’atmosphère. Une scène étrange : Emma jeune, dans l’atelier d’un groupe de lycéens contre les armes à feu, où les participants marchent en silence et partagent une forme d’émotion collective.
Et là surgit Sans vous aimer de Juliette Gréco.
Cette chanson née d’une rencontre nocturne entre Françoise Sagan et Michel Magne, porte en elle tout un monde. Celui de Saint-Germain-des-Prés, des nuits libres, des amours impossibles.
Dans The drama, elle agit comme un rappel. Un lien entre les douleurs intimes d’hier et celles d’aujourd’hui.
Les paroles parlent d’un amour qu’on n’a pas su vivre. Et dans le film, Emma n’est plus seulement un personnage contemporain, elle devient une figure universelle, traversée par les mêmes contradictions que les héroïnes d’un autre siècle.
Jesse Rae : danser pour ne pas sombrer
Puis il y a ce moment où Charlie est seul dans son appartement, blessé, au bord de l’effondrement. Et pourtant, il danse.
Sur Inside out de Jesse Rae. Son morceau porte-bonheur, qui le remet sur pieds à tous les coups.
Ce morceau funk un peu oublié, porté par un Écossais en kilt qui a collaboré avec des pointures américaines, n’est pas ici une danse joyeuse. C’est une tentative désespérée de rester debout.
C’est là que The drama touche juste. Il ne choisit jamais la chanson évidente. Il préfère celle qui dérange un peu. Celle qui crée un décalage. C'est tout cas ce qu'on pense ici à l'Agent Secret.
Moondog : une sortie en forme de manifeste
Enfin au générique de fin, après le chaos, les révélations, les blessures, une dernière rencontre dans un diner. Comme au début. Comme si tout pouvait recommencer.
Et là, Do your thing de Moondog.
Moondog, personnage hors norme, compositeur entre jazz, minimalisme et poésie urbaine. Un artiste qui vivait en marge et pensait la musique comme un pont entre les mondes.
Sa chanson, avec ses paroles simples et presque enfantines, agit comme un mantra. Fais ce que tu dois faire. Ne regrette pas. Continue.
Dans le contexte du film, c’est tout sauf naïf. C’est une manière de dire que malgré les erreurs, malgré les fissures, la vie continue. Et que le couple, lui aussi, peut choisir de continuer. Ou pas.
Une bande-son comme un manifeste
La superviseuse musicale, Jemma Burns, a clairement évité les hits évidents pour aller chercher des chansons qui ont une âme. Des titres qui racontent quelque chose, même en dehors du film.
On passe du folk oublié au funk improbable, de la chanson française des années 50 à la poésie minimaliste américaine. Et pourtant, tout tient.
Parce que le film parle de nos contradictions, de nos tentatives, souvent maladroites, d’aimer malgré tout.
Conclusion : aimer, malgré tout
The drama n’est pas un film confortable. Ce n’est pas un film non plus totalement réussi. Mais il met les pieds dans des zones sensibles, parfois dérangeantes. Et sa musique agit comme un fil conducteur. Entre la douceur intemporelle de Shira Small et la mélancolie élégante de Juliette Gréco, le film trouve son équilibre.
Au fond, c’est peut-être ça, le vrai sujet du film, cette question simple et universelle : est-ce qu’on peut continuer à aimer, même quand tout devient compliqué ?
Spoiler : la musique, elle, répond oui.
NB : Les autres chansons du film :
Mackeeper - Pieces Of Yours
Sally Oldfield - Blue Water
White Light - I Want You To Know Me
Todd Terje - Leisure Suit Preben
John Carroll Kirby - Wind
Jordan Raf, Ben Leach, Zach Galsky - Sky Turns Red
Judee Sill - The Lamb Ran Away With The Crown
Skinny Pimp ft. Lady B - Boom Dat Shit
Nolan Strong & The Diablos - The Wind
Alicia Keys - Try Sleeping With A Broken Heart
Smerz - You Got Time And I Got Money
Skinny Pimp - Skinny Shouts
Jackie Gleason - Tangerine
Katie Fash - Again
Sibylle Baier - Forget About



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