"Juste une illusion": les chansons qui ont construit le film.
- L'Agent Secret des Chansons

- il y a 2 heures
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Attention spoilers!
Dès les premières minutes de Juste une illusion, une chose saute aux oreilles avant même d’avoir le temps de s’attacher aux personnages : la musique va avoir son importance.
Bienvenue en 1985. Une époque où l’on tombe amoureux sans mode d’emploi, où l’on découvre que ses parents sont faillibles, et où une chanson peut devenir un refuge aussi solide qu’une chambre d’ado.
Le duo Olivier Nakache et Éric Toledano l’a bien compris : ici, la bande originale est une mémoire vivante. Et au milieu de cette playlist très fournie, un morceau sort du lot. Un morceau presque discret : Genevieve.
Une BO comme une carte d’identité
Avant de parler de Genevieve, il faut comprendre le terrain de jeu. Le film jongle entre plusieurs chapelles musicales, et ce n’est pas un hasard.
D’un côté, Vincent vibre pour le groove de Just an illusion d’Imagination et Getaway de Earth Wind & Fire, qui lui donnent envie de danser même quand la vie vous met des baffes. De l’autre, son grand frère se réfugie dans la mélancolie plus branchée de la new wave.
Entre les deux, il y a l’adolescence. Et ce moment délicieux où l’on ment sur ses goûts musicaux pour séduire quelqu’un. Oui, Vincent préfère le funk, mais pour les beaux yeux d’Anne-Karine, il serait prêt à jurer qu’il adore The Cure et se faire ensuite appeler Robert Smith...
« On peut dire que la musique est à l'origine du film », raconte Eric Toledano. Et logiquement le film empile pas mal de classiques :
I'm so excited des Pointer Sisters, qui transforme une scène de salon avec Camille Cotin et Louis Garel en moment d’anthologie,
Holding back the years de Simply Red, qui résume à elle seule la nostalgie avant même qu’elle n’existe,
Un autre monde de Téléphone, avec un extrait de concert mythique,
Sailing de Christopher Cross, parfaite pour le générique de fin,
Et puis aussi I’m not in love de 10cc (voir notre article sur l’album ici), Ma place dans le trafic de Francis Cabrel, Eye in the sky d'Alan Parson Project, Inbetween days de The Cure et bien sûr Joy Division (Transmission)...
Mais au fond, tout cela prépare le terrain pour autre chose.
Genevieve, ou l’amour en apesanteur
Quand Andrew Gold écrit Genevieve en 1978 pour son album All this and heaven too, il ne pense probablement pas à un ado français des années 80. Et pourtant.
La chanson arrive dans le film comme un miracle discret. Une mélodie douce, presque fragile, qui dit exactement ce que Vincent ressent sans réussir à le formuler.
Les paroles sont simples, presque naïves. Il regarde Genevieve comme on regarde quelque chose d’inaccessible. Tout le monde veut son cœur, et lui fait la queue comme les autres. Traduction : bienvenue dans l’adolescence, là où l’amour est souvent une compétition perdue d’avance.
Une scène clé… et une déclaration d’amour
Dans le film, Genevieve intervient à un moment charnière. Le grand frère de Vincent, figure à la fois moqueuse et protectrice, utilise la radio pour aider son cadet à retrouver la fille qu’il aime.
La chanson devient message. Elle traverse les ondes, comme une bouteille à la mer version FM. Et pour une fois, Vincent n’est plus juste spectateur de sa vie. Il agit, même maladroitement.
Parler de Genevieve, c’est aussi rendre justice à Andrew Gold. Un nom souvent éclipsé, alors qu’il est un digne représentant du son pop californien des années 70.
Multi-instrumentiste, compositeur, producteur, il a tout fait. Il a même écrit Thank you for being a friend, que beaucoup associent aujourd’hui à la série télé Les Golden Girls.
Genevieve, elle, n’a jamais été un énorme tube. Et c’est peut-être pour ça qu’elle fonctionne si bien ici. Elle n’est pas usée. Elle n’est pas déjà chargée de souvenirs collectifs. Elle est disponible, prête à accueillir ceux du film… et les nôtres.
Une illusion… pas tant que ça
Le titre du film pourrait laisser croire à une désillusion. À une époque idéalisée qui n’a jamais existé.
Mais la vérité est ailleurs.
Oui, les années 80 avaient leurs problèmes. Le chômage, les tensions sociales, les familles qui se fissurent. Mais elles avaient aussi cette capacité à croire, encore un peu, que la musique pouvait réparer quelque chose.
Et c’est ce que fait Genevieve.
Pendant quelques minutes, elle suspend le temps. Elle transforme un ado maladroit en héros romantique. Elle rappelle que tomber amoureux, même à 13 ans, ce n’est jamais une petite affaire.
Alors illusion, peut-être. Mais une illusion qui fait du bien.



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