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"Projet dernière chance" : les chansons du film, entre danse, solitude et fin du monde.


Il fallait oser raconter la fin du monde avec une playlist capable de faire danser, pleurer et réfléchir dans le même mouvement. Et c’est ce que fait Projet dernière chance. Sous ses airs de sympathique buddy movie spatial, le film cache une bande-son intelligente, où chaque morceau agit comme une pièce du puzzle émotionnel.


Parce que oui, sauver l’humanité, c’est bien. Le faire avec Ryan Gosling en prof de sciences amnésique qui discute avec un extraterrestre, c’est mieux. Mais le faire avec Miriam Makeba, Kris Kristofferson et les Beatles en fond sonore, là on commence à parler sérieusement.


Pata pata : danser avant la tempête


Le morceau de Miriam Makeba, Pata Pata, accompagne une scène de flashback où Ryland Grace fait ses courses pour une expérience scientifique. Dit comme ça, ce n’est pas très sexy. Et pourtant, c’est l’un des passages les plus joyeux du film.


Pata pata, c’est bien plus qu’une chanson. C’est une danse, née dans les townships de Johannesburg dans les années 50. Un rituel collectif, une manière de tenir debout malgré tout. Le titre signifie toucher toucher en xhosa. Et quelque part, c’est exactement ce que fait la scène. Elle nous reconnecte à quelque chose de simple, de vivant.


Dans le film, cette légèreté a presque un goût d’ironie. On sait que tout va basculer. Mais pendant quelques minutes, on regarde Gosling bricoler, improviser, sourire. Et on se dit que la vie, c’est aussi ça. Des instants suspendus avant le chaos.



Sunday mornin’ comin’ down : le blues du lendemain


Changement d’ambiance. Là où Pata pata fait danser, Sunday mornin’ comin’ down vient vous attraper par le col et vous rappeler que la fête a une fin.

Écrite par Kris Kristofferson, cette chanson est un monument du spleen. Une gueule de bois existentielle, où le silence du dimanche matin devient plus lourd que n’importe quelle musique.


Dans Projet dernière chance, elle accompagne ces moments où Ryland commence à comprendre ce qui lui arrive. Où la mission n’est plus une abstraction, mais une réalité écrasante. Il est seul. Très seul.

Parce que derrière le spectacle spatial, le film parle surtout de solitude. De responsabilité. De ce moment précis où l’on réalise qu’il n’y aura peut-être pas de retour.



Sandra Hüller au karaoké : le monde vacille


Il y a aussi une scène qui mérite à elle seule un détour. Celle où Sandra Hüller reprend Sign of the times de Harry Styles en karaoké.

Sur le papier, ça ressemble à une blague. Dans le film, c’est tout l’inverse. C’est un moment de fissure. Une femme qui porte le poids du monde sur ses épaules et qui, l’espace d’une chanson, laisse tomber le masque.


Le choix du morceau n’est pas innocent. Sign of the times parle de fin, de bascule, d’inéluctable. Et chanté de cette manière, presque fragile, il devient une confession déguisée.

On est loin du karaoké de fin de soirée. Là, on est dans quelque chose de beaucoup plus brut.


Gracias a la vida : merci quand même


Puis arrive Gracias a la vida de Violetta Parra, interprétée ici par Mercedes Sosa.

Et là, le film vous prend à revers. Parce que cette chanson, qui remercie la vie pour tout ce qu’elle donne, arrive à un moment où tout semble perdu. Où Ryland découvre qu’il a été envoyé dans l’espace contre son gré.

C’est cruel, presque. Mais c’est aussi profondément humain. Dire merci quand tout s’effondre, c’est peut-être la chose la plus difficile à faire.


Two of us : l’amitié comme dernier refuge


Au milieu de ce chaos cosmique, une relation improbable naît. Celle entre Ryland et Rocky, son compagnon extraterrestre. Et pour accompagner ce lien, quoi de mieux que Two of us des The Beatles, au moment où il envoie sur Terre 4 sondes nommées John, Paul, George et Ringo qui vont sauver la planète.

Le choix est presque évident. Two of us parle de route, de complicité, de retour à la maison.

C’est le cœur du film. Derrière la science, derrière la mission, il y a une histoire d’amitié sincère, presque enfantine.


Une playlist qui raconte mieux que les dialogues


Le reste de la bande-son est à la hauteur. Rainbows de Dennis Wilson accompagne les moments de transmission entre Ryland et Rocky, comme une tentative désespérée de montrer la beauté de la Terre.


Stargazer de Neil Diamond vient souligner les choix impossibles. Wind of change de Scorpions apporte une touche presque ironique sur l’idée de transformation du monde.

Et puis il y a Glory, glory d'Ike & Tina Turner, qui accompagne le générique final avec une dimension presque spirituelle. Comme si, face à l’immensité de l’univers, il fallait bien croire en quelque chose.


Une dernière danse avant le silence


Au final, ici à l'Agent Secret, nous pensons que Projet dernière chance n'est pas un film révolutionnaire, mais qu'il réussit à utiliser ces chansons connues sans jamais tomber dans la facilité. Chaque morceau est là pour une raison.


S’il fallait en garder deux, ce serait Pata pata et Sunday mornin’ comin’ down.

La première pour la vie. La seconde pour le doute.

Entre les deux, il y a tout le film. Et peut-être même un peu de nous.


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