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"L'Odyssée" : chanson, musique du film et retour à la maison selon Christopher Nolan.

Dernière mise à jour : 9 août


A la sortie de L'Odyssée, après la chanson de fin, j’ai eu envie d’écrire un article sur la musique du film, car pour ma part, je n’associais pas forcément Christopher Nolan à la musique et aux chansons.


Pourtant, après The Plan dans Tenet, il récidive avec L'Odyssée. Cette fois, il confie le générique de fin à un trio : Travis Scott, James Blake et Ludwig Göransson. Leur création, When I'm home, vient prolonger l’émotion du spectacle.


Mais avant d'arriver à cette chanson, parlons de la musique qui la précède. Une bande originale puissante qui participe à la construction d'un monde.


Remonter trois mille ans... en musique


Adapter Homère est déjà une entreprise démesurée. Christopher Nolan aurait pu suivre la voie des grands péplums, avec un orchestre gigantesque et des chœurs capables de faire trembler les murs de Troie.


Mais sa consigne à Ludwig Göransson était simple : oublier l'orchestre symphonique.


Pourquoi ? Parce qu'il n'existait tout simplement pas à l'époque d'Ulysse.


Le compositeur oscarisé d'Oppenheimer s'est alors lancé dans un véritable travail de recherche. Aulos, lyres, percussions antiques, dizaines de gongs en bronze, collaboration avec des musicologues... La bande originale ressemble parfois moins à une séance d'enregistrement qu'à une fouille archéologique.


Et le résultat est à la hauteur du challenge.


Les sons paraissent anciens sans jamais donner l'impression d'être un musée. Les instruments respirent, grincent, vibrent. Ils donnent au voyage d'Ulysse une matière presque physique.


Et lorsque les textures électroniques apparaissent discrètement, elles prolongent simplement le mythe jusqu'à aujourd'hui.


Une partition monumentale... mais profondément humaine


Avec cette bande-son, Ludwig Göransson ne cherche pas à impressionner, il préfère émouvoir.

Les grands thèmes consacrés à Pénélope, Télémaque, Calypso ou encore Ulysse possèdent une ampleur évidente, mais ils restent toujours centrés sur les personnages.

Car L'Odyssée n'est pas seulement une succession de monstres, de tempêtes et de batailles, c'est surtout l'histoire d'un homme qui veut rentrer chez lui.


À partir de cette idée, les percussions évoquent les épreuves. Les cuivres rappellent la guerre. Les voix semblent porter les récits transmis de génération en génération.


Et au milieu de cette immensité sonore, on a une dernière question : que ressent-on lorsque le voyage touche enfin à sa fin ?


When I'm home, la vraie conclusion du film


C'est là qu'intervient When I'm home. Pour la chanson du générique de fin, Christopher Nolan retrouve Travis Scott, déjà présent sur Tenet, mais lui offre en plus un rôle dans le film, celui d'un aède. Une idée logique car les poètes de la Grèce antique transmettaient leurs récits oralement. Le rap repose lui aussi sur la parole, le rythme et la mémoire. Les siècles changent, le principe reste le même.


Aux côtés de Travis Scott, James Blake apporte sa sensibilité et sa voix fragile, qui semble flotter au-dessus de la production sombre. Le compositeur Ludwig Göransson mêle les résonances métalliques de la partition aux textures électroniques contemporaines.



Le poids du retour


Les paroles parlent évidemment d’Ulysse, mais elles parlent aussi de chacun d'entre nous.

Les images de Troie, de la mer, des sirènes ou des flottes ne sont pas là uniquement pour illustrer le récit antique. Elles deviennent les métaphores des combats que chacun transporte avec lui.


Avec une phrase qui revient comme un écho :


I will know what I did worst when I'm home.

« Je saurai ce que j'ai fait de pire lorsque je serai rentré chez moi. »


On ne mesure vraiment le poids de son passé qu'une fois le tumulte terminé. Tant que l'on combat, on avance. C'est lorsque le silence revient que les souvenirs frappent.


Le générique commence précisément à cet instant. Le voyage est terminé. La réflexion commence.


James Blake, l'émotion à fleur de peau


Depuis plus de quinze ans, James Blake construit une œuvre où l'électronique dialogue avec la soul et le piano. Sa présence apporte une profondeur au morceau.


En face, Travis Scott évite les démonstrations. Son flow devient presque narratif, comme s'il racontait une vieille légende autour d'un feu.


Les deux univers se complètent étonnamment bien.


On retrouve cette impression de rêve éveillé qui caractérise les collaborations de James Blake, tout en conservant l'énergie hypnotique propre à Travis Scott.


Une bande originale qui regarde vers le passé... et vers l'avenir


Ce qui frappe finalement dans L'Odyssée, c’est que Ludwig Göransson remonte aux origines de la musique occidentale tout en utilisant des procédés sonores très contemporains.


Christopher Nolan quant à lui convoque Homère tout en invitant un rappeur à incarner un poète antique.


Et When I'm home réussit à faire dialoguer ces deux mondes.


La peur de ne jamais rentrer, le désir de retrouver ceux que l'on aime. Et cette étrange sensation que le plus long voyage n'est peut-être pas celui qui nous ramène chez nous, mais celui qui nous oblige à regarder enfin ce que nous sommes devenus.


En refermant le film sur When I'm home, Christopher Nolan offre à Ulysse, et à nous tous, quelques minutes supplémentaires pour respirer avant de rentrer à la maison.



1 commentaire

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Invité
17 juil.
Noté 5 étoiles sur 5.

Grande fan de musiques de film, cet article me donne encore plus envie de voir le film.

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