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"L’air qui balance" : Sylvie Vartan entre vacances et swinging London.


A l'automne 1966, Sylvie Vartan continue d’avancer à toute vitesse : mariée à Johnny Hallyday, jeune maman du petit David depuis août, omniprésente dans les magazines, à la radio et à la télévision, elle réussit pourtant encore à sortir des disques avec cette élégance légère qui donne l’impression que tout est simple. Alors qu’en coulisses, ça doit plutôt ressembler à un hall de gare un week-end de départ en vacances.


Et justement, les vacances, il en est question dans L’air qui balance. Une petite chanson discrète glissée sur le super 45 tours Ballade pour un sourire. Pas le tube officiel. Juste une face B raffinée qui raconte la fin d’un amour d’été avec trois notes de nostalgie et un sourire un peu mélancolique. Et que le podcast Vartanrama verrait bien remixée pour devenir un tube de l'été…


Un EP entre maternité, pop anglaise et yéyé qui se transforme


À cette époque, le yéyé commence doucement à changer de visage. Les refrains innocents des débuts prennent un peu de maturité. Le swinging London fait rêver tout le monde. Même les chanteurs français commencent à regarder les arrangements avec un peu plus d’ambition.


Le EP Ballade pour un sourire sort en octobre 1966 chez RCA. D’un côté, il y a Ballade pour un sourire, chanson tendre dédiée à son fils David avec une Sylvie jeune maman émouvante, et Sauve-toi, adaptation survitaminée du tube The “In” Crowd de Dobie Gray avec une énergie très british.

Et puis de l'autre côté il y a J'aurais, un original d'Eddy Vartan et Gilles Thibaut, et L’air qui balance.


The more I see you… version plage française


À l’origine, le morceau s’appelle The more I see you. Un standard américain composé en 1945 par Harry Warren et Mack Gordon pour le film Broadway en folie.

Et contrairement à ce qu’on lit souvent, ce n’est pas Chris Montez qui l’a créée. Lui, en 1966, en propose la version pop qui remet le morceau au goût du jour et cartonne dans les charts internationaux. C’est cette reprise moderne qui inspire directement Sylvie.


La chanson possède une carrière complètement folle. Plus de trois cents versions recensées. De Nat King Cole à Michael Bublé, de Nancy Sinatra à Nina Simone. Même Orchestral Manoeuvres in the Dark s’y collera. Et la chanteuse Valli (ex de Chagrin d'amour) qui en fera un tube en France en 1986. Et au milieu de tout ce beau monde, Sylvie Vartan trouve sa place sans rougir.


Georges Aber, le couturier des adaptations


Pour adapter le texte, on retrouve Georges Aber. Un spécialiste maison. Le genre de parolier capable de transformer une chanson américaine en histoire française crédible.

Dans L’air qui balance, il invente une petite carte postale sentimentale.

“Adieu vacances, fini l’amour…”


En deux phrases, tout est là. Septembre, les serviettes qu’on replie. Les amours de plage qui ne survivront probablement pas à la rentrée. Le slow entendu pour la dernière fois dans un dancing en bord de mer.


Mais sur ce morceau, Sylvie est plus nuancée que d’habitude. Sa voix flotte littéralement sur l’orchestration d’Eddie Vartan, qui signe encore une fois des arrangements élégants et souples.

Il y a quelque chose de presque jazzy dans le phrasé, une manière de glisser dans la mélodie avec légèreté.



Le tube qui n’en était pas un


Le EP se vend correctement, autour de 75 000 exemplaires, mais toute la lumière reste concentrée sur Ballade pour un sourire.

L’air qui balance reste un peu sur le quai.


C’est souvent le destin de certaines chansons charmantes. Elles vivent en marge. Elles deviennent des trésors de fans. Des morceaux qu’on découvre par hasard en retournant un disque ou en cliquant à minuit sur une vidéo oubliée.

Et ce n’est peut-être pas plus mal. Parce qu’elle a gardé sa fraîcheur.


Une chanson qui sent encore l’été


En 1966, Sylvie Vartan n’est déjà plus seulement une chanteuse yéyé. Elle commence à absorber la pop internationale avec une vraie intelligence musicale. Elle teste des couleurs nouvelles, des arrangements plus sophistiqués, des ambiances moins immédiates.


L’air qui balance est une petite chanson sans prétention, légère comme une fin d’après-midi d’août, qui continue pourtant à danser doucement quelque part dans la mémoire.

Et finalement, à l’Agent Secret des Chansons, on pense que c’est peut-être ça, les meilleures chansons.



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