En écoutant la pluie (1963) : quand Sylvie apprivoise l’orage américain.
- L'Agent Secret des Chansons

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Certaines chansons s’infiltrent doucement, comme une pluie fine sur un cœur de dix-neuf ans. C'est le cas d'En écoutant la pluie, un tube de 1963 qui ne fait pas de bruit mais qui a marqué.
Au départ c’est une histoire américaine de marins et de studio californien.
Rhythm of the Rain a été enregistrée en 1962 par les Cascades, trois anciens de l’US Navy. John Claude Gummoe écrit la chanson. Lenny Green soigne les arrangements. Et autour d’eux, le gratin des studios de Los Angeles. Hal Blaine à la batterie, Carol Kaye à la basse, Glen Campbell à la guitare.
La chanson sort fin 1962 aux États-Unis. En mars 1963, elle est numéro 3 au Billboard Hot 100, numéro 1 au Canada et en Irlande, top 5 au Royaume-Uni. Bien plus tard, BMI la désignera comme la neuvième chanson la plus diffusée du XXe siècle. Autant dire que la pluie s'est transformée en mousson...
L’intro est culte. Tonnerre, pluie, puis une célesta cristalline. Le chanteur regrette celle qui est partie. Il demande à la pluie pourquoi elle l’a quitté. Et surtout, il aimerait qu’elle cesse, pour pleurer tranquille.
En France, c’est Richard Anthony qui adapte la chanson. Il transforme le texte, qui devient plus introspectif et sort sa propre version avant celle de Sylvie. Richard Anthony est alors l’un des rois de l’adaptation, il a déjà triomphé avec J’entends siffler le train et sait sentir le vent.
Mais c’est la version féminine qui va marquer les esprits.
En avril 1963, Sylvie Vartan enregistre En écoutant la pluie et la sort en 45T chez RCA Victor. Elle est aussi incluse dans son deuxième album, Twiste et chante. Après Tous mes copains, elle confirme qu’elle peut être autre chose qu’une machine à danser.
Une jeune fille à sa fenêtre, la pluie qui ruisselle, le xylophone qui remplace la célesta. Ce titre colle parfaitement à l’image de la Sylvie des débuts, juste une jeune femme qui chante l’amour perdu avec sincérité.
Le disque est un succès, plus de 100 000 exemplaires. Petite anecdote : sur la pochette, il est écrit Sylvie à l’Olympia. Mais sur le disque, pas un applaudissement. Mystère. En réalité, la mention « à l’Olympia » était purement promotionnelle car Sylvie était à l’affiche du spectacle « Les idoles des jeunes » en avril 1963.
Sur scène, elle la chante effectivement à l’Olympia. Mais aucun enregistrement live n’a survécu. Il faudra attendre un medley au Palais des Sports en 1981 pour en avoir un fragment. Et plus tard, en 1994, elle la réenregistrera en version acoustique, juste guitare et violon.
Mais la pluie ne s’arrête pas à Paris.
Aux Pays-Bas, le jeune Rob de Nijs enregistre en 1963 Ritme van de regen. À l’origine face B. Et pourtant, c’est ce titre qui lance sa carrière. Aujourd’hui encore, c’est un classique néerlandais. En Espagne, Mike (Miguel) Rios propose El ritmo de la lluvia la même année. La mélodie traverse les frontières sans perdre une goutte.
En 1969, Gary Lewis & the Playboys signent une version qui qui sera leur dernier classement significatif au Billboard. En 1984, Neil Sedaka la reprend, puis en 1990, Dan Fogelberg en fait un hit très orchestré. La même année, Jason Donovan la remet au goût pop, Top 10 au Royaume-Uni, avec Stock Aitken Waterman aux manettes. Et puis il y a la curiosité : La complainte des recalés, signée Pierre Louiss. Même mélodie, autre texte.
Medley Sylvie Vartan / The Cascades / Jason Donovan / Dan Fogelberg / Richard Anthony / Rob de Nijs / Miguel Rios / Gary Lewis
Sylvie reste donc la seule femme à avoir vraiment imposé ce titre à grande échelle. A l’époque, elle accroche son public avec des titres plus rock comme Il revient ou Le Loco-motion. Pourtant, cette ballade montre qu’elle peut ralentir le tempo sans perdre l’attention.
Soixante ans plus tard, quand on réécoute En écoutant la pluie, on entend plus qu’une adaptation. On entend une époque et une jeunesse qui découvre que l’amour peut partir sans prévenir.
Et si à présent la pluie tombe toujours, en 1963, elle avait la voix de Sylvie.
NB : D’autres adaptations en 1963 :
Ma biche par Franck Alamo (Sweets for my sweet des Drifters, composée par Mort Schuman)
Si j’avais un marteau par Claude François (If I had a hammer des Wavers, reprise par Trini Lopez)
Pendant les vacances par Sheila (All I have to do is dream des Everly Brothers)
T’en vas pas comme ça par Nancy Holloway (Don’t make me over de Dionne Warwick)




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