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La musique de camionneur - Stone et Charden, Beatles sous le capot.



On a souvent réduit Stone et Charden à l’image carte postale de L’avventura, le bonheur en duo, les refrains repris à l’Olympia. Effectivement L’avventura a été un raz-de-marée : meilleure vente de l’année 1971, un million d’exemplaires écoulés. Mais pendant que la face A s’envolait vers le soleil italien, la face B, elle, roulait en poids lourd.


Un 45 tours, deux visions de la France


D’un côté, L’avventura. Dialogue amoureux, valse, promesse d’évasion. De l’autre, La musique de camionneur. Des types qui transportent de l’essence, du pétrole, des billots de bois. Qui écoutent Mick Jagger entre minuit et cinq heures. Qui envoient des baisers aux filles aux péages.


Les deux textes sont signés Frank Thomas et Jean-Michel Rivat. Depuis la fin des années 60, le tandem Thomas et Rivat aligne les tubes. Ils sont derrière Le lundi au soleil, Siffler sur la colline, Les Daltons, Bébé Requin. Des architectes du hit parade.

Et au milieu de tout ça, le compositeur, Éric Charden.


Charden, le Beatles caché


La musique de camionneur, derrière son côté populaire, cache une obsession mélodique très british.

Un internaute l’a très bien résumé. Le couplet flirte avec Get Back. Le petit bruit rythmique évoque Come Together. Le piano électrique rappelle Billy Preston sur Let It Be. Éric Charden n’a jamais caché son amour pour les Beatles. En 1965, pour le premier 45 tours de Stone, il adapte You Won’t See Me et Norwegian Wood de l’album Rubber Soul. Sous le pseudonyme Brian Mu.


En 1967, il compose Mais quand le matin pour Claude François. Une orchestration riche, des cordes, des cuivres, une section rythmique qui regarde clairement vers la british beat. Rien d’accidentel. Charden écoute, digère, recrache à la française.


Plus tard, il écrira Sergent Pépère, clin d’œil assumé à l’après-Beatles. Puis, avec Barbelivien, Lettre de Paul à John, hommage imaginaire de McCartney à Lennon. Le fil rouge est là, constant, presque sentimental.


Une chanson populaire, mais pas simpliste


C’est la musique de camionneur


Embrasse-moi de minuit à cinq heures



On pourrait sourire en coin, pourtant, ça fonctionne. Parce que la mélodie est solide et que l’orchestration tient debout. Parce que Charden, comme le dira Stone, était un très bon mélodiste. Pour lui, la musique passait avant tout.

Et ça s’entend.


Il y a dans ce morceau une énergie presque rock. Un rock de radio nocturne, celui qu’on écoute en roulant longtemps, pour ne pas s’endormir.

Les camionneurs y sont décrits sans caricature méprisante. Des cœurs tatoués à l’encre de Chine. Des femmes en photo dans la cabine. Des signes à la portière pour laisser passer. C’est tendre, presque documentaire.


Et au milieu, le couple Stone et Charden glisse son propre jeu amoureux. La route devient décor de flirt. Le transistor, bande-son d’un désir tranquille.



1971, l’explosion puis les fissures


Quand le 45 tours sort chez Ami Records, le duo vient tout juste de décider d’être un couple aussi sur scène. Mariés depuis 1966, ils officialisent l’association artistique après leur premier essai « Le seul bébé qui ne pleure pas" sur un disque de Stone. Succès immédiat.


Ils écument les plateaux. L’Olympia en première partie de Julien Clerc. Le public reprend L’avventura en chœur. L’image du couple parfait s’installe. Un fils naît en 1972 et la France adore.


Mais derrière la carte postale, il y a déjà des tensions. Le duo divorcera en 1974. Comme souvent, le succès accélère tout, y compris les failles.


Une face B qui dit beaucoup


Ce qui nous touche personnellement à l'Agent Secret des Chansons, c’est cette manière qu’avait Charden de glisser de la culture pop anglaise dans un format très français. Il ne copiait pas, il transposait, il adaptait une énergie. Il l'avait fait pour Johnny, Claude François, Sheila (Les Papillons), Sylvie Vartan (Elle est partie)...


Contrairement à d’autres vedettes des années 60 qui empilaient les adaptations, il préférait écrire et créer son propre répertoire en s’inspirant des nouvelles sonorités. C’était un artisan et un amoureux de la mélodie.


Et si vous tendez l’oreille, la prochaine fois que vous entendrez ce refrain, vous capterez peut-être, sous le ronron du moteur, un écho de Liverpool.

Comme quoi, même sur une nationale française, les Beatles ne sont jamais très loin.


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