Nova, ou quand Sheila regarde les étoiles sans baisser les yeux
- L'Agent Secret des Chansons

- 16 nov.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 nov.

Certaines chansons arrivent comme des météorites : on ne les voit pas venir, mais elles laissent une traînée lumineuse derrière elles. Nova fait partie de celles-là. Et il y a Sheila, qui semble avoir passé un pacte mystérieux avec le cosmos pour continuer à se réinventer sans jamais perdre le fil.
À quelques jours de son concert parisien de la tournée « 8.0 » au Dôme de Paris, on la retrouve plus vibrante que jamais dans cet extrait de l’album À l’avenir, sorti en avril 2025. On pouvait s’attendre à un disque de célébration, un album clin d’œil à son incroyable longévité. Mais non. Sheila, fidèle à son tempérament d’équilibriste, renverse les attentes. Elle choisit la sincérité, la fragilité, la recherche intérieure. Et au cœur de tout cela, il y a Nova.
Nova, c’est ma préférée de l’album. Et pas parce qu’elle brille plus fort que les autres, mais parce qu’elle scintille autrement. Elle a ce quelque chose d’intime mais vertigineux, comme si Sheila avait ouvert une fenêtre sur l’infini tout en gardant les deux pieds bien ancrés dans sa vie de femme et d’artiste au long cours.
Au départ, elle m’a rappelé L’écuyère, cette petite valse sortie en 1984. Même rythme délicat, même mouvement circulaire qui donne l’impression qu’on tourne autour d’un souvenir pour mieux l’apprivoiser. Sauf qu’ici, Nova est une méditation sur la disparition, la transmission, et surtout la survie intérieure. On n’est pas dans la nostalgie sucrée. On est dans l’émotion qui prend son temps pour éclore.
La musique est d’Eric Azhar, guitariste et compagnon musical de Sheila depuis presque dix ans. Les paroles de Valérie Véga (parolière déjà pour Pagny ou Johnny), qui sait parler du vertige métaphysique sans en faire un exposé de philosophie. Ensemble, ils livrent ce morceau contemplatif enveloppé de claviers et de cordes, quelque part entre prière laïque et confidence nocturne.
Les premiers vers donnent tout de suite le ton. C’est qu’je n’ai pas trouvé d’autre moyen de vivre. Ça pose le décor. Puis viennent les images de ciel orange, de fin du jour, de bleu qui se mélange aux ombres. On est dans un crépuscule étiré, dans cette heure où la lumière hésite, où la vie entière semble contenue dans quelques minutes suspendues. Sheila chante bas, presque en souffle.
Sous sa couverture sombre, l’univers qui patiente qu’une étoile s’effondre en sa lumière ardente. On appelle cela une nova. Le moment où une étoile, au soir de son existence, brûle une dernière fois avec une intensité folle. Comme un ultime éclat avant le silence. On peut y voir beaucoup de choses. Une métaphore de l'âge assumé, un hommage aux absents, une envie d’exister encore avec force. Peut-être tout cela à la fois.
Dans le troisième couplet, les mots deviennent plus personnels. Abyssal est le vide qu’ils ont laissé derrière. Les fantômes apparaissent, discrets mais bien présents. Ceux qu’elle a aimés, accompagnés. Toute une vie. Il y a du deuil là-dedans, mais un deuil qui ne plombe pas. Un deuil qui observe et remercie. Elle évoque ces absences sans lourdeur. On sent que la chanteuse prend le temps, justement, de regarder en arrière sans s’y perdre.
Le quatrième couplet est encore plus beau. Il me va bien ce corps, il me va ce visage. Il faut oser dire cela. Sheila chante son corps avec une simplicité lumineuse. Pas de plainte contre le temps. Elle exprime le désir de vivre encore. Même à en souffrir. Même si c’est fragile. Même si c’est risqué. Encore longtemps vieillir.
Si Nova me touche, c’est peut-être aussi parce qu’elle incarne parfaitement l’album À l’avenir. Une œuvre contemporaine, profondément ancrée dans l’époque, mais qui sait regarder le ciel. On y trouve des chansons rock, des ballades sensibles, des explorations électro. Entre autres, Dilemme, qui ouvre l’album, est un rock à la tension retenue. Les amoureux revisite la passion passée avec une douce amertume. Racée, écrite avec Rachel Khan, est un hommage aux femmes debout. Simone évoque Simone Veil avec une tendresse rare. Gossip s’amuse de l’époque des réseaux. Les aléas parle du quotidien imprévisible avec finesse. Et En cas d’amour clôt l’album dans une respiration apaisée.
Enregistré à Bruxelles, mixé par Eric Azhar et Erwin Autrique (déjà présents sur l’album précédent Venue d’ailleurs), le disque sonne moderne sans être artificiel. Rien n’est lourd, rien n’est démonstratif. Sheila ne copie personne. Elle s’entoure de musiciens talentueux et de plumes affûtées pour livrer un disque cohérent.
Alors dans ce contexte là, Nova est pour moi la chanson qui résume le geste artistique. La plus contemplative et la plus incarnée. C’est là que Sheila réussit pleinement ce mélange de vulnérabilité assumée et de puissance discrète.
À quelques jours du concert au Dôme de Paris, il y a quelque chose d’émouvant à se dire que cette chanson existera peut-être sur scène. On imagine déjà les lumières, les cordes, la voix un peu grave, et peut-être un public silencieux, suspendu. Sheila, étoile patiente, qui brûle encore.
Et si l’univers attend qu’une étoile s’effondre, eh bien qu’il patiente encore un peu. Sheila n’a pas fini de rayonner.
Mise à jour du 19/11/25 : non seulement Sheila a chanté Nova au Dôme de Paris, mais c'est la chanson qui a fait l'ouverture du spectacle, dans une mise en scène émouvante, clin d'oeil à la Sheila du passé.



Magnifique analyse....
Enfin quelqu'un qui sait écrire parfaitement les sentiments.....
tout est dit si bien dit je partage avec racée ma totale adhésion a cet alblum si personnel, si beau bravo bravo Shela, vous nous touchez au coeur avec cet alblum de Belgique toute notre amitié