Le Corset : quand Stéphanie de Monaco rencontre Gabriel Fauré dans les champs.

Dans Le Corset, le premier film d’animation en solo très réussi de Louis Clichy, la musique réserve quelques surprises. La plus savoureuse ? Un père de famille bourru qui écoute Ouragan de Stéphanie de Monaco et se laisse aller à fredonner le tube. Comme quoi, derrière les bottes, le tracteur et les soucis de la ferme, il y a parfois un cœur qui bat.
Christophe, son fils, a lui choisi une autre voie : celle de l’orgue et de la musique classique. Entre le tube de Stéphanie et le Requiem de Gabriel Fauré, le film compose une bande-son qui en dit long sur cette famille où les sentiments ont un peu de mal à sortir.
Papa aime Ouragan
Sorti en 1986, Ouragan est le grand tube de Stéphanie de Monaco, composé par Romano Musumarra et écrit par la chanteuse Marie Léonor. Avant la princesse, il fut refusé par Jeanne Mas, Sheila et Julie Pietri, mais pointa dix semaines numéro un du Top 50, avec près de deux millions de singles vendus : difficile de faire plus populaire. Pourtant, dans Le Corset, la chanson ne sert pas seulement à nous replonger dans les années 1980.
Le père de Christophe est un homme taiseux, accaparé par sa ferme et les difficultés du métier. Il ne déborde pas franchement de tendresse, surtout avec son fils. Mais quand il fredonne Ouragan, la carapace se fendille. On découvre un homme plus sensible qu’il n’en a l’air, peut-être même un artiste contrarié qui a rangé ses rêves au fond du hangar.
Christophe choisit l’orgue
Pour Christophe, la musique devient une échappatoire quand on lui interdit le travail à la ferme. Coincé dans son corset orthopédique, il peine à trouver sa place dans une famille où l’on travaille dur et où l’on ne parle pas beaucoup. Sa rencontre avec l’orgue de l’église du village va changer la donne.
Bach, Fauré et d’autres compositeurs lui ouvrent un monde nouveau. L’instrument a même quelque chose de familier : un rétroviseur, des pédales, une mécanique impressionnante qui rappellent le tracteur paternel. Sauf qu’ici, il ne s’agit pas de faire tourner une exploitation, mais de faire vibrer des émotions, comme la scène où il séduit la fille qu'il aime en jouant de l'orgue.
Le Requiem en ré mineur de Fauré prend toute son importance lorsque Christophe joue pendant que son père et son frère tentent de sauver la récolte menacée par l’orage.
Composé à la fin du XIXe siècle, le Requiem de Fauré est une œuvre sacrée d’une grande douceur, loin du grand spectacle funèbre. Dans le film, sa sérénité contraste avec la panique qui gagne les champs.
Un ouragan dans les champs
Et puis le corset de Christophe révèle un pouvoir inattendu. Celui qui a toujours été contraint par son corps peut désormais faire pencher le monde autour de lui (ou tout du moins l'imaginer). Les personnes qui ont abusé de la confiance de sa famille vont découvrir qu’il ne faut pas toujours se fier aux apparences.
C’est là qu'Ouragan prend tout son sens. Au départ, le titre évoquait les sentiments que le père laisse échapper malgré lui. Dans la tempête, il devient presque une promesse : ça va secouer !
Le choix musical de Louis Clichy fonctionne parce qu’il reste simple. La musique est presque toujours entendue ou jouée par les personnages. Pas besoin d’une bande-son qui souligne lourdement chaque émotion : un tube à la radio, quelques notes d’orgue et le contraste fait le reste.
Au fond, le père et le fils ont plus en commun qu’ils ne le pensent. L’un cache sa sensibilité derrière ses responsabilités, l’autre cherche à dépasser les limites que son corps lui impose. Deux univers qui se croisent sans se ressembler, mais qui donnent au film une bonne partie de son charme, avec l'image d’encre de chine et d’aquarelle.
Et puis surprise à la toute fin du générique de fin : les deux univers se rejoignent avec une version inédite d'Ouragan interprétée par une chorale. Et après ça, difficile de réentendre la chanson sans penser à la Beauce !




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