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La Gradiva : trois chansons (et plus) pour danser au bord du volcan.

il y a 43 minutes
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Lors d’un voyage scolaire, on rapporte en général des photos de groupe, et deux ou trois souvenirs de dortoirs et de restaurants.

Et puis il y a celui de La Gradiva, le premier long métrage de Marine Atlan, récompensé du Grand Prix de la Semaine de la critique à Cannes en 2026. Ici, le séjour à Naples et Pompéi ne se termine pas avec un exposé sur les fresques romaines. Les adolescents y côtoient le désir, la colère, les rapports de force et cette drôle de sensation que la vie peut basculer avant même qu’on ait compris ce qui nous arrive.


La musique accompagne cette métamorphose. Au départ, le film observe les jeunes au plus près, dans un réalisme presque documentaire. Puis les chansons s’invitent, les émotions prennent de l’ampleur et la bande-son se met à faire cohabiter les époques. Au milieu des refrains populaires napolitains et des titres punk rageurs, on y trouve une chanson italienne de 1964, un tube de Theodora et la voix d’Amália Rodrigues au générique de fin. Un drôle de trio pour raconter une jeunesse française en voyage dans le sud de l’Italie.


Un anno d’amore : la fête est finie, ou presque

Au cours de la soirée finale du voyage, l’une des jeunes filles chante Un anno d’amore. Une chanson interprétée en 1997 par Margherita, associée à la grande voix italienne de Mina, qui l’enregistre la première en 1964. C’est en fait l’adaptation de C’est irréparable, une chanson originale française de Nino Ferrer, mais dans une version italienne aux accents de mélodrame amoureux (la version espagnole de Luz Casal sera au générique de Talons Aiguilles de Pedro Almodovar).


Une année d’amour. Tout un programme, surtout à cet âge où une histoire peut prendre les dimensions d’un amour éternel. Dans La Gradiva, ce morceau ne ressemble pas à une simple parenthèse musicale. Il arrive au moment où le voyage touche à sa fin, alors que les relations entre les adolescents ont été bouleversées. La chanson fait entrer dans la fête une mélancolie qui n’y était pas forcément invitée.

C’est aussi ce qui rend ce choix intéressant. La voix et la mélodie appartiennent à une autre génération, mais le sentiment, lui, n’a pas pris une ride. Les adolescents de Marine Atlan ne sont pas plus modernes que les amoureux des années 1960 lorsqu’il s’agit de se faire du mal.


Et puis il y a ce paradoxe : la soirée est censée célébrer la fin d’un voyage, mais la chanson ramène tout le monde à ce qui ne peut pas durer. À Pompéi, difficile de trouver une métaphore plus directe.


Theodora : le présent entre dans la danse

Quelques instants plus tard, changement de décor sonore avec Kongolese sous BBL de Theodora, porté par les rythmes bouyon et les sonorités rap et pop. On passe de la chanson sentimentale à une énergie beaucoup plus physique, insolente et contemporaine. Ce contraste dit quelque chose de la manière dont les adolescents vivent ensemble. Il n’y a pas une seule bande-son pour la jeunesse, pas plus qu’il n’existe une seule façon d’être amoureux, en colère ou mal dans sa peau. La danse devient une façon de s’affirmer, de se montrer aux autres, de prendre possession d’un instant.


Le choix de Theodora fait aussi entrer le film dans le présent. C’est une chanson qui porte sa propre énergie et qui rappelle que les adolescents ont leur langage, leurs codes et leurs références, même lorsqu’ils se trouvent au milieu de vestiges vieux de deux mille ans.


Amália Rodrigues : une dernière chanson pour retenir le temps

Le générique final choisit une autre voie. On y entend Canzone per te, interprétée en italien par Amália Rodrigues, immense voix portugaise et figure majeure du fado. Le morceau est signé Sergio Endrigo et Sergio Bardotti, avec une musique de Luis Bacalov.


Après la fin tragique du film, cette voix apporte une forme de recul. Elle ne cherche pas à prolonger la douleur à tout prix. Elle semble plutôt recueillir ce qui en reste : les visages, les élans, les blessures et les choses que l’on n’a pas su dire à temps.


Il y a quelque chose de particulièrement juste à entendre une voix aussi chargée d’histoire après un film consacré à des jeunes qui découvrent que leur existence ne leur appartient pas entièrement. Le passé pèse sur eux, les lieux qu’ils visitent les confrontent à la fragilité des corps. La chanson ne vient pas expliquer ce que nous venons de voir. Elle laisse les émotions continuer leur chemin.


Une bande-son entre la jeunesse et les ruines

Ici à L’agent secret, ce qui nous plaît dans ces choix, c’est qu’ils évitent de faire de la musique un simple décor. Marine Atlan fait évoluer son film du réalisme vers le mélodrame, et les chansons participent à ce mouvement.


Pompéi n’est pas seulement un site archéologique, avec ses pierres, ses fresques et ses visiteurs en baskets. C’est aussi un endroit où le temps semble avoir arrêté des vies en plein mouvement. Face à ces corps figés, les adolescents de La Gradiva découvrent peut-être que leur jeunesse, elle aussi, est une parenthèse. Une parenthèse intense, bruyante, parfois ridicule, souvent bouleversante, qui sera peut-être figée pour certains, mais en tout cas qui ne se répétera jamais exactement de la même façon pour les autres.


Dans ce voyage à Naples, les vieilles chansons et les rythmes d’aujourd’hui se retrouvent. Et si la fête finit par s’arrêter, les chansons, elles, ont encore un peu de chemin à faire.



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