top of page

Hollywood Flashback - Quand Amanda Lear regarde dans le rétroviseur

Dernière mise à jour : il y a 3 jours



On avait laissé Amanda Lear en 1977 en train de réciter son Alphabet, lettre après lettre, sourire carnassier et œil parfaitement maquillé. Un an plus tard, elle est toujours là, toujours en avance.


1978. Le disco est partout. Munich pulse encore. Les synthés brillent. Et Amanda avance, elle aussi, mais à sa manière. Je me souviens du choc de Follow me, cette voix grave incroyable qui envahissait la piste de danse, lors de mes premiers pas en discothèque. Le lendemain, je me précipitai chez le disquaire et découvris aussi Gold, Mother look what they’ve done to me, Run baby run…



Hollywood Flashback, elle, arrive à la toute fin de l’album Sweet Revenge. Pas un tube. Plutôt un générique qui s’étire. Une chanson que je n'avais pas bien écoutée tout de suite. Et pourtant, c’est peut-être celle qui dit le plus.


À ce moment-là, Amanda Lear n’est déjà plus seulement une chanteuse disco. Elle est un concept à elle seule, créature mondaine, énigme médiatique soigneusement entretenue. Le disco, chez elle, n’est jamais juste une musique pour danser. C’est un décor, un jeu de rôles.


Sweet Revenge, son deuxième album, reste son coup de maître(sse). Un disque concept, ce qui n’est pas si courant dans le disco de l’époque. Face A, Amanda vend son âme au diable pour la gloire et l’argent. Faust version cuir, talons hauts, fouet et violons. Puis elle s’échappe, choisit l’amour.

Anthony Monn est aux commandes, Moog en bandoulière, chœurs célestes, production luxueuse mais jamais lourde.


Face B, on retrouve Comics, Enigma, The Stud. Et puis Hollywood Flashback. Une chanson plus lente, plus douce, presque triste. On dirait qu’elle se retourne. Qu’elle regarde ce qu’elle vient de construire. Ou de perdre. On ne sait pas trop.


Musicalement, ce n’est plus du disco. Pas encore de la pop chic des années 80. C’est entre les deux. Une ballade nocturne, satinée, un peu glam. Les synthés murmurent. La guitare effleure à peine. Anthony Monn plante un décor de cinéma désert, et Amanda y marche seule, en robe longue, projecteur éteint.


Les paroles, écrites par Amanda elle-même, parlent de cinéma, évidemment. De casting, de faux cils, de moustaches postiches, de Technicolor et d’Oscars. Tout est faux. Donc tout est vrai. L’amour est un rôle, Hollywood un décor en carton-pâte, la passion, un montage habile.


« We demanded top billing », chante-t-elle. Exiger la tête d’affiche. Même quand on sait que tout est illusion.



Difficile de ne pas y voir un miroir. Amanda Lear a passé sa vie à brouiller les pistes. À jouer avec son image, son identité, son passé. À se réinventer selon la lumière. Tout est flashback, finalement, tout est image. L’émotion, elle, arrive plus tard, quand on ne l’attend plus.


Parce que sous le maquillage, il y a quelque chose de plus fragile. Une mélancolie discrète. « Love is like a flashback, a dream for a lonely movie queen ». La reine est seule, le plateau est vide. Sunset Boulevard sans figurants. Pendant quelques minutes, Amanda laisse passer une fissure. Rien d’appuyé, juste assez pour qu’on la voie.


À l’époque, Sweet Revenge cartonne. Plus de quatre millions d’exemplaires vendus. Disque d’or un peu partout. Tournées, scandale maîtrisé, imagerie sadomaso chic, références à Dietrich, au cabaret, au rock. Amanda Lear devient une figure centrale du disco européen. Mais elle garde la main, elle écrit ses textes, elle pense ses pochettes. Elle raconte son histoire comme elle l’entend.


Et pourtant, elle le dira plus tard, notamment dans Schnock, avec ce franc-parler délicieux qui la caractérise : personne n’écoute vraiment. On danse, on regarde, on fantasme. Les paroles, elles, passent souvent à la trappe. Elle voulait être une chanteuse rock à messages, on l’a rangée dans la boîte disco, trop vite.


Hollywood Flashback paie un peu ce malentendu. Pas sortie en single, coincée à la fin de l’album, presque invisible. Mais avec le recul, c’est l’une de ses chansons les plus fines. Une chanson sur le faux, chantée par quelqu’un qui a fait du faux une arme de survie. Et parfois de vérité.


Aujourd’hui, elle sonne comme une confession déguisée. Amanda y est tout à la fois : actrice et narratrice, star et figurante, dominatrice et spectatrice. Elle regarde Hollywood comme elle regarde sa propre carrière. Avec lucidité. Et ce sourire en coin qu’elle n’a jamais perdu.


Parce qu’au fond, plus que du disco, Amanda Lear a surtout chanté l’illusion. Et Hollywood Flashback, c’est l’un de ses plus beaux plans-séquences. Un travelling lent. La caméra s’éloigne. La lumière baisse. Et le film continue, quelque part.

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page