"Dirty Work" : quand Steely Dan s’invite dans "Une bataille après l’autre".
- L'Agent Secret des Chansons

- il y a 11 heures
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Dans le film Une bataille après l’autre (One battle after another), le coup de poing haletant signé Paul Thomas Anderson, la musique ne se contente pas d’accompagner l’image : elle la prolonge.
Et quand retentit Dirty Work de Steely Dan, ce n’est pas un hasard.
À l’origine, Dirty Work apparaît en 1972 sur l’album Can't Buy a Thrill, le premier album de Steely Dan (qui contient aussi le tube Do it again). Écrit par Donald Fagen et Walter Becker, les fondateurs du groupe, et chanté par David Palmer, le morceau raconte une liaison clandestine.
Un homme accepte d’être l’amant discret d’une femme mariée. Il sait qu’il est utilisé, il sait qu’il se méprise et pourtant, il reste.
I'm a fool to do your dirty work…
Musicalement, tout est parfait : refrain qui s’élève, claviers soyeux, saxophone feutré. Une chanson radio-friendly en surface. Mais sous la mélodie, c’est un chant d’auto-humiliation. Un type qui accepte de faire “le sale boulot” émotionnel. Steely Dan, c’est ça : le sourire poli qui cache la corrosion.
Dans le film, le morceau surgit après un saut temporel, dans une scène où Willa s’entraîne. Le temps a passé. Les fautes aussi.
On pourrait analyser les paroles de la chanson pendant des heures, mais avec Paul Thomas Anderson, il y a toujours deux niveaux :
D’un côté, les échos évidents avec l'histoire du film : les relations bancales, les dettes morales, les pères imparfaits, les secrets qui explosent plus tard.
De l’autre, quelque chose de plus simple : la vibration. Comme chez Scorsese, la chanson n’est pas là pour illustrer scolairement les paroles. Elle est là pour créer une émotion, un contraste ironique.
La partition originale est signée Jonny Greenwood, collaborateur fidèle du réalisateur depuis There Will Be Blood. Sa musique installe une tension sourde, presque organique. Mais Anderson aime aussi injecter des chansons comme des éclats de mémoire. Dans le film, on entend également :
The Jackson 5 avec Ready or Not (Here I Come)
Deux titres d’Ella Fitzgerald
Et d’autres surprises disséminées comme des indices.
A l'Agent Secret des Chansons, Une bataille après l'autre est le film qui nous a le plus marqué en 2025, avec sa cinématographie incroyable, sa rage politique, son humour noir et son humanité fragile.
Un film haletant, un message puissant sur l’héritage, la responsabilité et l’espoir.
Et au milieu de tout ça, cette chanson de 1972.
I don’t wanna do your dirty work no more.
Parfois, le vrai message passe par la bande-son. Mission accomplie.


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