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Diana Ross : pourquoi "Last time I saw him" reste une chanson à part.


Ce qui marque parfois, ce sont ces virages pris sans prévenir, presque en douce. Last time I saw him en fut un. Une chanson qui ne ressemble pas à ce que l’on attendait de Diana Ross.


Nous sommes fin 1973. Diana est partout. Quelques mois plus tôt, elle sortait Touch me in the morning, une ballade soyeuse qui la remet au sommet des charts. Dans la foulée, elle enchaîne avec son album en duo avec Marvin Gaye. Et comme chez Motown, on ne laisse jamais refroidir une machine à succès, on lui demande de remettre ça immédiatement. Résultat, en décembre sort Last time I saw him, le single, accompagné d’un album du même nom.


Autant dire que le public aurait pu commencer à se lasser.


Mais là où les choses deviennent intéressantes, c’est que Diana Ross, plutôt que de jouer la sécurité, décide de s’aventurer ailleurs. Un territoire musical où on ne l’attendait pas : une sorte de mélange improbable entre country, Dixieland et pop orchestrale.

Derrière cette idée, on retrouve Michael Masser, déjà responsable de Touch me in the morning. Cette fois, il décide de pousser le curseur beaucoup plus loin.


L’arrangement de Last time I saw him est un petit patchwork sonore : banjo, cuivres, cordes, chœurs… on a presque l’impression que quelqu’un a ouvert tous les tiroirs du studio en même temps. C’est chargé, c’est parfois un peu kitsch, mais totalement assumé.

Et ça fonctionne.


La chanson raconte une histoire simple, presque naïve. Une femme voit partir son amoureux en bus, lui confie de l’argent pour construire leur avenir, et attend. Elle attend longtemps. Six mois passent sans nouvelles, mais elle reste persuadée qu’il va revenir. Mieux encore, elle décide d’aller le chercher elle-même, convaincue qu’un malheur l’empêche de revenir.


On est à mi-chemin entre la romance tragique et le déni le plus total.

Soyons honnêtes : ce type est probablement parti avec la caisse. Mais Diana, elle, y croit. C’est là que réside toute la magie du morceau. Cette capacité à incarner un personnage même quand la chanson flirte avec le second degré.



Le succès est au rendez-vous, mais de manière un peu particulière. Si le titre atteint une belle place dans les charts pop et R&B, c’est surtout du côté des radios dites “adult contemporary” qu’il explose. Il reste numéro un pendant trois semaines et devient même l’un des plus gros succès de l’année dans cette catégorie.


Pourtant, Last time I saw him reste un morceau un peu à part dans la discographie de Diana Ross. Et l’album du même nom souffre clairement du contexte. Sorti trop vite, coincé entre deux gros succès et une carrière d’actrice qui commence à reprendre le dessus avec le projet Mahogany, il passe relativement inaperçu.


C’est injuste, parce que ce disque est intéressant.

Il montre une artiste qui s’amuse, qui teste, qui explore. On y trouve de la soul, du gospel, du funk, de la pop… et même une pointe d’humour. Elle sort doucement de l’image ultra contrôlée héritée de l’époque des Supremes, et commence à aborder des thèmes plus adultes, parfois plus suggestifs.


Et puis il y a cette énergie. Quelque chose de plus vivant, de plus spontané que sur certains projets précédents. On sent que Diana Ross prend plaisir à jouer avec les styles, quitte à perdre un peu en cohérence. Mais au fond, c’est aussi ce qui rend cet album attachant aujourd’hui.


Petite cerise sur le gâteau, le morceau traverse même les frontières musicales en étant repris en version country par Dottie West en 1974. Et là encore, ça marche, preuve que la chanson possède une vraie solidité.


Avec le recul, Last time I saw him apparaît comme un moment charnière pour miss Ross. Pas un sommet commercial, mais un instant où elle se permet de sortir du cadre, de casser les habitudes. Alors oui, la chanson titre peut faire sourire avec ses arrangements un peu chargés et son histoire d’amour pas très crédible. Mais c’est aussi pour ça qu’on y revient.

Parce que nous aussi à l'Agent Secret des Chansons, on a envie de croire que ce fameux bus finira par faire demi-tour.


2 commentaires

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Invité
16 avr.
Noté 5 étoiles sur 5.

Encore une belle analyse... Ma préférée de l'album ''Stone Liberty" ... Une pépite passée totalement inaperçue !

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l'Agent Secret des Chansons
18 avr.
En réponse à

Oui, excellente!!!

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