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My Baby (My Baby, My Own) : Diana Ross en clair-obscur

Dernière mise à jour : il y a 3 jours



À première écoute, My Baby (My Baby, My Own) pourrait passer pour une berceuse un peu trop sage au milieu d’un album grand public. Pas de refrain mémorisable, pas de grandes envolées. Mais une voix envoutante, comme une nouvelle façon de chanter pour elle, avec un piano, quelques cordes, et cette question qui revient, doucement insistante : How could your daddy leave us all alone?


En 1973, Diana Ross n’est pourtant pas dans une phase discrète. Elle sort d’une période intense, cinématographique, ambitieuse. Lady Sings the Blues lui a offert une nomination aux Oscars et une crédibilité nouvelle. Et Motown, fidèle à sa logique, veut maintenant un tube, un vrai. Ce sera Touch Me in the Morning, énorme succès, numéro un aux États-Unis, qui repositionne Diana Ross comme reine de la pop adulte, élégante, accessible, radiophonique.


Autour de ce single, Motown assemble un album du même nom. Un disque qui regarde dans plusieurs directions à la fois, comme souvent chez Diana à cette époque. Ballades sophistiquées, reprises de standards, pop orchestrale, et même quelques audaces. Imagine, Little Girl Blue, un medley Brown Baby / Save the Children. Et, glissée en face B, My Baby (My Baby, My Own).


Touch Me in the Morning est souvent résumé à son titre phare. Mais l’album est un carrefour dans lequel Diana Ross commence à produire elle-même certains titres. Elle s’éloigne progressivement du moule Motown strict. Elle collabore avec de nouveaux musiciens, de nouveaux arrangeurs, et notamment un nom moins connu du grand public : Tom Baird.

Baird est l’un de ces artisans de l’ombre. Claviériste, arrangeur, producteur, il navigue entre Rare Earth et Diana Ross. Il co-produit Touch Me in the Morning et signe plusieurs des titres de cette période, quelques années avant sa disparition prématurée.


L’anecdote est que My Baby n’est pas née pour cet album-là.


En 1971-1972, Diana Ross travaille sur quelque chose de très différent. Un disque pensé comme un projet intime, presque domestique : To the Baby. Des chansons enregistrées pendant une période de maternité, sans intention commerciale évidente. Des titres qui parlent d’enfance, de transmission, de douceur, parfois de peur aussi. Un disque que Motown juge certainement pas assez vendeur, et qui sera mis de côté au profit d’un album plus stratégique.


Résultat : Touch Me in the Morning devient le disque officiel, et To the Baby est éparpillé. Certains titres sont recyclés. D’autres dorment dans les tiroirs pendant près de quarante ans. My Baby fait partie de ces morceaux légèrement modifiés, ralentis, assombris, pour s’intégrer au nouvel album.


Dans sa version "Touch Me in the Morning", My Baby devient une chanson nocturne. Plus grave. Plus introspective. Diana Ross y chante plus bas, presque en retrait, comme si elle parlait à quelqu’un qui dort déjà.


Les paroles sont simples, adressées directement à un enfant. Pas de grandes déclarations. La chanson projette une situation de séparation, réelle ou imaginaire, sans jamais la contextualiser. Musicalement, Tom Baird laisse respirer l’espace. Le piano est central. Rien qui détourne l’attention de la voix. Elle tient la note, elle glisse, elle improvise légèrement sur la fin. Un chant presque jazz dans l’intention, plus que dans la forme.



Il faudra attendre 2009 pour entendre enfin l'album fantôme To the Baby dans son intégralité. Et comprendre que My Baby n’était pas une anomalie, mais une pièce d’un ensemble cohérent. Un disque que Motown pouvait se permettre de ne pas sortir, tant la chanteuse enregistrait à un niveau élevé à cette époque.


My Baby (My Baby, My Own) ne fait pas partie des grands titres cités quand on parle de Diana Ross. Elle n’a pas d’histoire spectaculaire. Elle existe, calmement. Comme ces chansons qu’on redécouvre un soir, sans raison particulière, et qui restent un peu plus longtemps que prévu.

Ici, elle chante à voix basse. Et parfois, c’est là qu’elle est la plus juste.


  • La photo qui illustre l'article provient d'un CD non-officiel


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