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"Tout tout pour ma chérie" au Japon : la version culte de Michel Polnareff en 1979.



Septembre 1979. Dix ans après la sortie du titre Tout tout pour ma chérie en France, Polnareff apparaît à la télévision japonaise entouré de jeunes danseuses et choristes qui reprennent une partie de la chanson dans leur langue. La scène est improbable et réjouissante. On dirait un rêve fiévreux imaginé par un programmateur nippon nourri aux disques de Salut les copains.


Et pourtant, tout cela est bien réel.

Revenons au début.


En 1969, Michel Polnareff est au sommet de sa première période de gloire. Depuis trois ans, il accumule les succès avec une facilité insolente. La poupée qui fait non, Love me, please love me, Le bal des Laze ou encore Ame câline ont fait de lui l'une des grandes figures de la pop française.


Cette année-là, il sort un 45 tours simple, avec en face A Tous les bateaux, tous les oiseaux, écrit avec Jean-Loup Dabadie sur une musique de Paul de Senneville (son producteur de l'époque). En face B, Polnareff place une composition entièrement signée de sa main : Tout tout pour ma chérie.


Comme souvent chez lui, la simplicité est trompeuse.

On retient le refrain en quelques secondes. Pourtant, derrière cette mélodie lumineuse le chanteur parle de solitude, d'attente et du besoin d'être aimé. Polnareff chante l'amour sans cynisme ni second degré.


Mais ce que personne n'imagine alors, c'est que ce titre connaîtra une destinée exceptionnelle au Japon.

Le chanteur découvre très tôt le pays. Dès 1970, il participe au Tokyo Music Festival parmi les invités d'honneur aux côtés de Barbara et Michel Legrand. Deux ans plus tard, il effectue une tournée triomphale dans l'archipel accompagné du groupe Dynastie Crisis.


Les Japonais adorent Polnareff.

Il faut dire qu'il possède tout ce qu'ils apprécient : un univers visuel fort, un sens aigu de la mélodie et une personnalité impossible à classer. À une époque où la pop française s'exporte peu, lui réussit à créer un lien très particulier avec le public japonais.


Le concert enregistré à Tokyo en novembre 1972 et sorti sur disque en témoigne. L'accueil y est comparable à celui réservé aux plus grandes stars anglo-saxonnes du moment.

Lorsque Polnareff revient en tournée en 1979, il est déjà une figure familière.


C'est dans ce contexte qu'il interprète à la télévision japonaise une nouvelle version de Tout tout pour ma chérie. Polnareff conserve le texte français mais les choristes ajoutent un passage en japonais :


« Prenons-nous la main et avançons ensemble. Il n'y a rien à craindre. Même le soleil de demain se tient devant nous. »


L'esprit de la chanson est respecté. Et surtout, la rencontre entre les deux cultures fonctionne bien.



Mais le plus fascinant, c'est l'impact de cette prestation.

Lors d'un voyage au Japon, j'ai eu l'occasion de discuter avec une chauffeuse de taxi à Kochi, sur l'île de Shikoku. Lorsque j'ai dit que j’étais français, son visage s'est immédiatement illuminé et elle m’a parlé de Polnareff.

Elle se souvenait parfaitement de cette émission de télévision.


Adolescente à l'époque, elle m'a raconté avoir remué ciel et terre pour obtenir une place lors du concert que Polnareff donna dans sa ville.

Kochi n'était pourtant pas une étape évidente pour une tournée internationale de la fin des années 1970. Mais c'est aussi cela qui rend l'histoire touchante : Polnareff allait chercher son public partout.



Au Japon, Tout tout pour ma chérie connaît même une carrière autonome. Rééditée au début des années 1970, la chanson finit par devenir un véritable succès commercial avec près de 400 000 exemplaires vendus. Plus tard, elle servira même dans plusieurs campagnes publicitaires.


Comme quoi une face B peut parfois avoir de la ressource.


Aujourd'hui encore, l'histoire d'amour entre Polnareff et le Japon continue. Son influence dépasse même la musique. Plusieurs mangakas se sont inspirés de lui, notamment pour les personnages de Jean-Pierre Polnareff dans JoJo's Bizarre Adventure ou de Doflamingo dans One Piece.


Pas mal pour un garçon de Nérac qui chantait l'amour derrière de grandes lunettes blanches.


En résumé, cette version japonaise de Tout tout pour ma chérie n'est pas seulement une curiosité télévisuelle. Elle raconte comment une chanson française a trouvé une seconde patrie. Et elle rappelle qu'avant Internet, avant les réseaux sociaux et avant les algorithmes, certaines mélodies savaient déjà voyager très loin.

Jusqu'au bout du monde.


Version en japonais de l'article :


「シェリーに口づけ」を日本で歌ったミッシェル・ポルナレフ

1979年9月。

フランスで「シェリーに口づけ」が発売されてから10年後、ミッシェル・ポルナレフは日本のテレビ番組に出演しました。彼の周りには若いダンサーやコーラス隊がいて、曲の一部を日本語で歌っています。

その光景は少し不思議で、とても魅力的でした。

まるでフランスのポップスと日本のテレビ文化が出会った夢のような瞬間です。

しかし、それは本当にあった出来事でした。

1969年、ポルナレフは人気絶頂にありました。

「ノン・ノン人形」、「愛の願い」、「ラース家の舞踏会」、「Âme câline」などのヒット曲によって、彼はフランスを代表するポップスターとなっていました。

その年に発売されたシングルのA面は「追わないで」、そしてB面が「シェリーに口づけ」でした。

覚えやすいサビを持つこの曲は、一見すると明るいラブソングですが、その奥には孤独や愛への願いが隠されています。

そして誰も予想していなかったことが起こります。

この曲は日本で特別な運命をたどることになったのです。

ポルナレフは早くから日本と縁がありました。

1970年には東京音楽祭に招待され、1972年には日本ツアーを行い、大きな成功を収めました。

日本のファンは彼を心から愛していました。

独特の世界観、美しいメロディー、そして誰にも似ていない個性。

当時、フランスのポップスが海外で大きな成功を収めることは珍しかったのですが、ポルナレフは日本の人々と特別な絆を築いたのです。

1979年の来日時、彼はテレビで「Tout tout pour ma chérie」を披露しました。

フランス語の歌に、日本人コーラスが日本語のパートを加えます。

「手をとって 歩いて行こう 恐れるものは何もありはしないさ 太陽輝く明日さえ二人の前に立っているよ」

二つの文化が自然に溶け合った素敵な演出でした。

この番組が多くの若い日本人の心に残ったことも不思議ではありません。

実は、この文章を書くきっかけになったのは高知で出会ったタクシー運転手の女性でした。

私がフランス人だと話すと、彼女はすぐにポルナレフの名前を口にしました。

そして1979年のテレビ出演やコンサートの思い出を語ってくれました。

当時の彼女はまだ若く、コンサートのチケットを手に入れるために本当に苦労したそうです。

その話を聞いて、私はポルナレフと日本のファンとの深い結びつきを改めて感じました。

この文章は、その素敵な思い出への小さな感謝の気持ちとして書きました。

ありがとうございました。

フランスより。

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