Ce n’est qu’un film : quand Rita Pavone réinvente Barry White à la française.
- L'Agent Secret des Chansons

- il y a 3 jours
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Peut-être connaissez-vous Rita Pavone pour ses tubes yéyé italiens et cette énergie de pile électrique qui lui a valu le surnom de « moustique de Turin ». Mais au milieu des années 70, la tornade italienne change légèrement de tempo. Elle ralentit le jeu, s’aventure du côté de la variété plus adulte… et tombe, comme beaucoup à l’époque, sous le charme d’un certain Barry White.
Résultat : Ce n’est qu’un film, adaptation française d’un morceau au titre qui est déjà tout un programme, I’m gonna love you just a little more baby.
Quand la soul américaine débarque dans la variété française
Barry White sort son premier album I’ve got so much to give et, avec lui, un single qui va immédiatement faire fondre les platines. Ligne de basse et cordes enveloppantes, voix grave de velours, paroles dont la sensualité n’a rien à envier à Love to love you baby de Donna Summer (mais qui n’arrivera que 2 ans après…). Le morceau devient un immense succès, numéro 1 R&B aux États-Unis.
Évidemment, en France comme souvent, on adapte. On transforme. Et parfois, on édulcore un peu, histoire de passer à la radio sans faire rougir le standard de RTL.
C’est là qu’intervient Ce n’est qu’un film. Les paroles françaises de Pierre Mieucens prennent le contre-pied de la sensualité explicite de Barry White. Ici, l’homme parle de séparation, la femme de sentiments qui ressemblent à du cinéma. La voix off masculine qui commence la chanson avec la partie parlée de Barry White est typiquement française et mature (peut-être le comédien Pierre Hatet?).
Moins de sueur donc, plus de dramaturgie.
Un 45 tours discret mais révélateur
Mais le morceau n'aura finalement pas son heure de gloire, car il apparaît en 1974 uniquement sur la face B du 45 tours Un amour sans importance. Un titre qui, lui-même, est une adaptation d’un classique italien de Claudio Baglioni, paroles françaises de Michel Delancray (l'auteur de Kilimandjaro pour Pascal Danel et de Bonjour la France pour elle).
Ce 45 tours sort chez Philips, à une période où Rita Pavone enregistre plusieurs titres en français. Elle n’en est pas à son coup d’essai. Après le succès de Bonjour la France ou Vertes collines chez RCA, ainsi que Douze mois d'été une jolie chanson écrite par Laurent Voulzy à ses débuts et Le chant du retour écrite par Guy Lux (!), elle continue de séduire le public francophone avec une série de singles chez Philips plutôt élégants, parfois inattendus.
Et Ce n’est qu’un film s’inscrit dans cette logique.
Rita Pavone, une carrière en mouvement
À ce moment-là, Rita Pavone a déjà tout vécu ou presque. Le succès international dans les années 60, les passages à la télévision américaine, les concerts prestigieux, le cinéma… Elle a vendu des millions de disques, chanté en plusieurs langues, conquis plusieurs continents.
Mais les années 70 sont une période de transition. Le public change, les modes évoluent, et les artistes doivent s’adapter. Elle tente alors différentes directions. Elle enregistre en français, explore de nouveaux styles, teste de nouvelles couleurs. Jusqu’à son dernier album en français en 1979, disco celui-ci, période oblige.
Ce n’est qu’un film fait partie de ces morceaux qui, avec le recul, éclairent une trajectoire. On y voit une artiste qui refuse de rester figée dans son image des années 60.
Entre la soul américaine et la variété française. Entre la Rita Pavone des débuts et celle, plus mature, qui cherche de nouvelles voies. Le genre de titre qu’on ne cherchait pas forcément, mais qu’on est content d’avoir trouvé.
Comme quoi, même en version adoucie, Barry White peut encore faire longtemps son petit effet…
NB : en 2026, ces titres Philips apparaissent sur les plateformes, à découvrir! Bravo et merci à Matthieu Moulin.



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