This Time Tomorrow : Mari Wilson, ou l’art d’être rétro et totalement moderne.
- L'Agent Secret des Chansons

- il y a 3 jours
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Certaines chansons veulent changer le monde, et d’autres se contentent de promettre que demain sera un peu mieux qu’aujourd’hui, comme This Time Tomorrow. Pas de révolution, pas de manifeste. Juste une voix qui reconnaît s’être trompée, qui fait profil bas, et qui jure, la main sur le cœur, que cette fois, promis, demain, ce sera différent.
En 1983, quand Mari Wilson sort son premier album Showpeople, le monde pop est tout sauf modeste. Les synthés dominent, les poses sont agressives, la new wave regarde vers le futur à coups de boîtes à rythmes et de regards froids. Et voilà qu’arrive une blonde platine, chignon en ruche haut comme un immeuble HLM, robe de soirée, orchestre à cuivres et violons, comme si elle avait raté un train en 1963 et décidé de rester sur le quai pour toujours.
Évidemment, ça intrigue.
Mari Wilson ne joue pas à être rétro. Elle l’est. Ou plutôt, elle décide de l’être jusqu’au bout. Avec les Wilsations, son groupe vocal et instrumental, elle ressuscite une idée presque disparue au début des années 80 : la chanteuse comme styliste de chansons. Celle qui ne cherche pas à être rock, mais à faire sonner une chanson comme une pièce de théâtre miniature.
À l’époque, on ne sait pas trop où la classer. Trop sage pour être subversive. Trop camp pour être sérieuse. Trop produite pour être underground. Pas assez moderne pour être dans le coup. Bref, Mari Wilson tombe pile dans cet espace inconfortable qui lui appartient et fera sa force.
Parce que Showpeople fonctionne.
Produit en grande partie par Tony Mansfield et écrit par son partenaire Teddy Jones (alias Tot Taylor), sauf deux reprises magnifiques Cry me a river et Are you there with another girl, l’album est luxueux, élégant. Cuivres, cordes, chœurs, tout est là. Mari Wilson n’est pas la plus grande chanteuse de sa génération, mais elle sait exactement quoi faire de sa voix. Elle module, elle suggère, elle joue avec les intentions. Elle peut être mutine, mélancolique, bravache ou fragile, parfois dans la même chanson.
Au milieu de ce disque, This Time Tomorrow est une chanson qui parle de maladresse, de répétition des erreurs, et de cette foi un peu absurde qu’on place dans le lendemain.
Musicalement, la chanson s’inscrit dans l’univers Showpeople. Une bonne mélodie, des arrangements qui laissent respirer la voix. This Time Tomorrow n’imite pas les années 60, elle les prolonge avec des moyens des années 80.
Showpeople marche bien au Royaume-Uni. Just What I Always Wanted devient un tube. MTV diffuse ses clips, fascinée par cette apparition anachronique au milieu de Duran Duran et Tears for Fears. Elle devient un personnage. Car derrière la coiffure, derrière les robes, derrière le décor, il y a une vraie musicienne, une vraie interprète.
L’album existe en plusieurs versions. La version américaine supprime certains titres. Les ordres changent. This Time Tomorrow disparaît de certaines éditions, comme si elle était trop subtile pour traverser l’Atlantique.
Il faudra attendre longtemps pour que Showpeople soit enfin disponible dans sa version originale complète. Jusqu’à ce que Cherry Red, en 2022, fasse enfin les choses correctement avec Mari Wilson: The Neasden Queen of Soul.
Et là, on s’aperçoit que l’album tient toujours debout. Mieux que ça, il gagne en cohérence. Écouté aujourd’hui, This Time Tomorrow sonne moins comme une curiosité rétro que comme une chanson intemporelle.
Mari Wilson n’est ni une diva rétro ni une mascotte camp. Elle est une chanteuse qui sait que la pop doit parfois aussi être un art de la retenue. Et ça, en 1983, ce n’était pas si courant.



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