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Just what I always wanted : quand Mari Wilson obtient enfin ce qu’elle voulait


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En septembre 1982, après quatre singles dans un quasi-anonymat chic, Mari Wilson entre enfin dans la lumière avec un titre qui sonne comme si un girl-group s’était perdu dans un studio new wave, avant d’être récupéré par un décorateur Art déco : Just what I always wanted. Le genre d’ « accident » esthétique qui méritait de devenir un tube.


Pour comprendre cette chanson, rappelons-nous que Mari n’est pas arrivée dans la pop par la grande porte, mais par la porte arrière d’un club (voir l’article sur If That’s what you want). Depuis ses débuts, elle cultive une vision précise : la chanteuse comme "entertaineuse", l’artiste qui ne se contente pas de chanter mais met en scène. Quand on la voit à la télé, on ne sait pas si elle livre un standard pop ou un numéro de cabaret sophistiqué.


Avant le tube : quatre essais, zéro concession


À l’époque, Just What I Always Wanted surgit enfin, après un premier single chez GTO et trois singles sortis par son nouveau label The Compact Organization, qui ont surtout marqué… les disquaires qui les mettaient en rayon. Beat the beat, Baby it’s true et (Beware) Boyfriend ont chacun tenté de capter ce mélange étrange de nostalgie sixties, d’ironie british et d’élégance théâtrale. 


Il faut imaginer ces premiers titres comme des prototypes d’une formule encore en devenir, même s’ils deviendront des classiques de la chanteuse par la suite. Le son est rétro-futuriste, les Wilsations s’agitent derrière elle avec un enthousiasme sincère, et Mari joue à la star hollywoodienne tombée dans la pop électronique sans perdre une seconde son humour pince-sans-rire. L’image se précise. C’est alors que déboule le cinquième single.


Teddy Johns, la plume fidèle


Just what I always wanted est écrit par Teddy Johns (une des quelques identités de Tot Taylor), songwriter, lui-même chanteur, créateur de Compact Organization et architecte sonore du style qui est devenu la signature de Mari. Il lui offre un morceau qui joue exactement sur ce qu’elle sait faire mieux que personne : alterner glamour et humour, luxe et autodérision, sincérité et clin d’œil.


Les paroles ont tout du petit bijou pop. On nous promet une robe en taffetas, une paire de Picasso (tant qu’à faire), une bague de Rome, une penderie entière… On dirait un inventaire de vide-grenier de duchesse, livré avec un sourire qui dit : « Tout cela est charmant, darling, mais tu sais quoi ? Je m’en moque un peu. »


Car le cœur de la chanson, c’est : "You don’t give me anything and I don’t ask you. Just yourself is everything". Derrière le clinquant, le vrai message : l’amour, le vrai, c’est la présence, pas le paquet cadeau. 


Une chanson taillée pour elle


A l’époque, le critique Robin Denselow écrit que Mari avait trouvé « la chanson parfaite pour son image ». L’équilibre est idéal : ce petit air early sixties, son côté faussement candide, ce parfum de pop sophistiquée à la Burt Bacharach mais avec des boîtes à rythmes. C’est rétro mais pas passéiste. Et puis il y a cette manière de chanter, à la fois nonchalante et triomphante, avec une pointe d’ironie.


Le clip et les apparitions télé ajoutent une couche supplémentaire : les gants, les robes de Portobello Road, le beehive (choucroute) qui avait besoin d’un accord architectural avant de monter sur scène. Dans un paysage musical de l’époque dominé par des groupes synthétiques parfois froids, Mari émerge à contre-courant. 


Et ça marche : le single grimpe jusqu’à la 8e place des charts anglais. Soudain, Mari Wilson est une sensation pop, et plus seulement une artiste culte à suivre.



Just what I always wanted, malgré le pastiche, n’a rien de cynique. Mari joue, mais ne triche pas. C’est exactement cette sincérité qui a touché le public britannique en 1982. Le glamour n’est jamais écrasant, toujours joyeux. L’humour, jamais méchant. Et la performance vocale est impeccable.


En concert, cette chanson devient souvent un moment de communion, comme si le public venait chercher sa dose de paillettes existentielles. Et Mari sait exactement comment livrer ça. À l’époque, ses shows comptent jusqu’à dix musiciens et choristes (dont Julia Fordham), dans un esprit cabaret pop qui fait briller les yeux même depuis le balcon. Ceux qui étaient au Palace en 83 en parlent encore comme d’un bain de lumière. Et se souviennent qu'à sa sortie, elle portait un chignon de 3 mètres de haut et était vêtue comme une princesse des sixties! En France, elle fut également, avec les Simple Minds, à l'unique édition du festival Elixir en Bretagne...


Après le succès : le début d’une nouvelle ère


Just what I always wanted ouvre la voie à Showpeople, l’album qui rassemblera enfin tout son univers : pop rétro, jazz de velours, arrangements luxueux. Mais gardons cela pour un autre article.


Ici, restons sur ce moment précis où Mari Wilson obtient exactement ce qu’elle voulait : une chanson taillée pour elle, une identité assumée, un tube. Just what I always wanted est une déclaration d’amour à la pop elle-même : joyeuse, théâtrale, sophistiquée, et absolument pas obligée de se prendre au sérieux pour être brillante.


Un grand merci à Gilles A.


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