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The Leftovers et « Homeward Bound », le lien inattendu.


Le 14 octobre, 2 % de la population mondiale disparaît sans explication.

Pas de soucoupe volante. Pas de catastrophe nucléaire. Pas de message venu du ciel. Des millions de personnes s'évaporent tout simplement.

Et le plus troublant n'est peut-être pas leur disparition.

Le plus troublant, c'est que personne ne saura jamais vraiment pourquoi.


À partir de cette idée, Damon Lindelof et Tom Perrotta ont construit The Leftovers, une série sur le deuil, l'absence, la foi, l'amour et notre besoin de donner un sens à ce qui n'en a pas.


Pour moi, elle occupe la deuxième place de mon panthéon personnel, juste derrière Twin Peaks. Et comme pour Twin Peaks, une partie de sa puissance émotionnelle passe par la musique.


Parmi toutes les chansons utilisées au fil des trois saisons, une incarne particulièrement bien l'esprit de la série : Homeward Bound de Simon & Garfunkel.

Sortie en 1966, la chanson raconte simplement le désir de rentrer chez soi. Paul Simon y décrit la solitude des tournées, l'éloignement, l'attente et ce besoin physique de retrouver un lieu familier.

Mais dans The Leftovers, la notion de retour prend une dimension bien plus profonde.

Car que signifie rentrer chez soi lorsque le monde lui-même a cessé d'être celui qu’on a connu ?

Comment retrouver sa place lorsque tout ce qui donnait un sens à votre existence a disparu ?


La chanson apparaît dans le final de la saison 2, chantée avec une voix mal assurée par Kevin dans un karaoké désuet, et semble rappeler aux personnages ce qu'ils cherchent depuis le premier épisode. Non pas une réponse au mystère du Départ soudain, mais un chemin vers eux-mêmes. D'ailleurs Kevin ressuscitera grâce à elle.



Dans The Leftovers, presque tout le monde est en voyage.

Kevin erre entre plusieurs réalités.

Nora cherche l'impossible.

Matt poursuit sa foi malgré les épreuves.

Laurie tente de reconstruire sa vie.


Homeward Bound accompagne cette quête à contre-courant. Elle apporte une forme de douceur et de tristesse, renforcée par cette interprétation déroutante de Justin Theroux.


Mais il serait impossible d'évoquer la musique de The Leftovers sans parler de Max Richter.

Son travail sur la bande originale tout au long des 3 saisons est exceptionnel.

Le morceau The Departure est devenu indissociable de la série. Quelques notes suffisent pour faire remonter une vague d'émotions chez les spectateurs. Comme Laura Palmer's Theme dans Twin Peaks ou le thème de Mission Impossible pour les amateurs d'espionnage, The Departure dépasse son statut de simple musique d'accompagnement.

Il devient un personnage à part entière.



Et puis il y a l’incroyable épisode 8 de la saison 2 « International assassin », dans lequel Kevin se réveille en tueur à gages dans un hôtel gigantesque duquel il ne peut sortir, accompagné par la musique de l’opéra Nabucco de Verdi (Le choeur des hébreux).


Un autre moment marquant de la série est l’ouverture de l’épisode 5 de la saison 3, avec cette course d’un militaire nu dans un sous-marin atomique, sur l’anachronique chanson française « Je ne peux pas rentrer chez moi » de Charles Aznavour, la version réenregistrée en 1968 sur une musique de cirque…


Enfin, parlons des génériques.

Les épisodes de la première saison s'ouvrent sur une musique de Max Richter accompagnée d'images inspirées de l'iconographie religieuse. Tout y est grave, solennel, presque écrasant.

À partir de la saison 2, de façon surprenante, le générique change pour laisser place à Let the Mystery Be d'Iris DeMent.

Une chanson folk chaleureuse, souriante et presque légère, sur des photos souvenir dont certains personnages s'effacent.


Le message est clair. Vous voulez comprendre ce qui s'est passé ?

La série vous répond gentiment que ce n'est peut-être pas la bonne question.

Laissez le mystère être un mystère.

Et ici, à L'agent secret, on pense que rarement un générique aura résumé aussi bien la philosophie d'une œuvre.

Et rarement une série aura réussi à transformer l'incertitude en quelque chose d'aussi humain.


C'est sans doute pour cela que, des années après la diffusion de son dernier épisode si poignant, The Leftovers continue de nous accompagner. Comme Homeward Bound.


Une chanson qui parle du retour à la maison.

Même lorsque l'on ne sait plus où elle se trouve.

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