"Tell him no" de Smith : quand Gayle McCormick s'attaque aux Zombies.
- L'Agent Secret des Chansons

- il y a 13 heures
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Certaines reprises respectent l'original. Et certaines arrivent avec leurs grosses bottes, déplacent les meubles et repeignent les murs avant de repartir. C’est clairement le cas de Tell him no par Smith.
En 1969, le groupe californien glisse cette reprise sur son premier album A group called Smith. Coincée entre plusieurs morceaux originaux et quelques autres reprises musclées, elle pourrait presque passer inaperçue. Ce serait une erreur. Car derrière cette chanson se cache l'un des plus grands auteurs-compositeurs britanniques des années 60 : Rod Argent.
À cette époque, Rod Argent est surtout connu comme le claviériste et principal compositeur des Zombies. Un groupe longtemps sous-estimé, mais qui laissera derrière lui quelques monuments comme She's not there, Time of the season ou l'inusable album Odessey and Oracle, aujourd'hui considéré comme l'un des chefs-d'œuvre de la pop psychédélique.
En 1965, Argent écrit Tell her no. Le principe est simple. Un homme supplie un autre de repousser les avances de la femme qu'il aime. Le mot "no" revient tellement souvent qu'on finit par se demander si Rod Argent n'avait pas acheté ses négations en gros. Pourtant, derrière cette apparente simplicité se cache une écriture très sophistiquée, avec des harmonies vocales élégantes et un groove qui annonçait déjà des influences jazz.
Quatre ans plus tard, Smith change complètement le point de vue.
Le titre devient Tell him no. Cette fois, c'est une femme qui implore une rivale de ne pas lui voler l'homme qu'elle aime. Le texte est inversé, mais surtout l'interprétation change radicalement.
Là où Colin Blunstone chantait avec une élégance presque fragile, Gayle McCormick entre en scène comme si sa vie en dépendait.
Sa voix éraillée, nourrie autant par Etta James que par Tina Turner, transforme cette histoire de jalousie en véritable combat émotionnel. Elle ne demande rien. Elle rugit. À plusieurs reprises, on a presque l'impression qu'elle va faire exploser les micros du studio.
C'est précisément ce qui rend Smith si particulier.
À la fin des années 60, beaucoup de groupes américains viennent du folk ou de la pop. Smith, lui, baigne dans le rhythm and blues. Son arme secrète s'appelle aussi Larry Moss et son imposant orgue Hammond B-3, qui donne au groupe cette couleur soul immédiatement reconnaissable. À l'époque, cet instrument est surtout associé aux formations de soul ou... à leurs voisins de label, Steppenwolf. Chez Smith, il devient l'un des piliers du son du groupe.
Le résultat est un mélange étonnant de rock, de blues et de soul blanche, ce que les Américains appellent la blue-eyed soul.
L'album A group called Smith connaît un joli succès en atteignant la 17e place du Billboard. Bien sûr, c'est Baby It's You qui attire toute la lumière. Difficile de rivaliser avec un tube classé numéro 5 aux États-Unis. Pourtant, en écoutant aujourd'hui l'album dans son ensemble, Tell him no apparaît comme l'un de ses morceaux les plus solides.
C'est aussi une belle démonstration de l'intelligence musicale du groupe. Smith ne choisit jamais ses reprises au hasard. Ils prennent de bonnes chansons et les réinventent complètement, sans jamais les dénaturer.
Derrière cette réussite se cache aussi une histoire improbable.
Le groupe jouait dans un club de North Hollywood lorsqu'un soir Del Shannon, le chanteur de Runaway, entre dans la salle. Il est immédiatement séduit. Quelques semaines plus tard, il les aide à signer chez Dunhill Records et participe même aux premiers arrangements. Comme quoi, parfois, il suffit qu'une bonne personne pousse la porte du bon club au bon moment.
La suite sera malheureusement plus courte que prévu.
Smith ne publiera que deux albums avant de disparaître. Gayle McCormick tentera ensuite une carrière solo, tandis que Rod Argent poursuivra la sienne avec le groupe Argent, avant de retrouver les Zombies plusieurs décennies plus tard.
À chaque écoute de Tell him no, je me fais la même réflexion : Smith, s'approprie complètement la chanson. Au bout de quelques minutes, on oublie presque qu'elle est née chez les Zombies.
Et finalement, c'est peut-être le plus beau compliment que l'on puisse faire à une reprise.



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