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Puisque quelqu’un m’attend : Martine Clémenceau, l’élégance fragile des secondes chances.

Dernière mise à jour : il y a 2 heures



Avant d’en arriver à cette chanson, il faut revenir un peu en arrière. Martine Clémenceau, c’est typiquement le genre d’artiste que l’industrie adore… puis oublie de suivre correctement.


Repérée à la fin des années 1960, signée chez Barclay, elle coche toutes les cases. La voix, la présence, le potentiel. Sauf que les chansons ne suivent pas toujours. Ou arrivent trop tard. Ou partent chez d’autres.


Elle fait ses armes sur scène, notamment en première partie de Michel Sardou. Puis il y a l’Eurovision 1973 avec Sans toi. Une expérience formatrice, mais pas franchement un tremplin.


Et surtout, il y a cette parenthèse essentielle avec Claude François. Choriste, puis en duo sur le tube Quelquefois. Une école de précision et de scène, et une expérience qui vous construit une chanteuse pour la vie.

Mais à ce moment-là, sa carrière solo est en suspens. Elle attend. Littéralement.


1979-1983 : elle prend le contrôle


Le vrai tournant arrive à la fin des années 1970. Elle change de maison de disques, signe chez Polydor, et surtout, elle commence à écrire et composer.


En 1981, sort Solitaire. Le genre de chanson qui dépasse son interprète, surtout quand Laura Branigan en fait un hit international. Ironie classique : le monde entier connaît la chanson, mais pas toujours celle qui l’a écrite (lire le très bon article sur la chanson sur le site Pop Musik Deluxe).


Deux ans plus tard arrive un nouvel album, sobrement intitulé Martine Clémenceau. Un disque dense, personnel, moins immédiat. On est loin des productions formatées du début des années 1970. Ici, les chansons sont plus personnelles, parfois plus sombres, souvent plus libres.


L’album s’ouvre sur L’homme qui court et navigue entre mélancolie et lucidité. Il y a Etretat, Si tu t’en allais, Tout l’monde rêve.

Et au milieu de cet album, il y a Puisque quelqu’un m’attend.


Une chanson entre deux formats


L’histoire de la chanson est un petit casse-tête comme on les aime.

La version studio sort en 45 tours, avec Xingù en face B. Efficace. Format radio.

Mais sur l’album, ce n’est pas cette version que l’on trouve. C’est un enregistrement live.

Pourquoi ?

Mystère.

Peut-être parce que la chanson gagne en vérité sur scène. Peut-être parce que la version studio était jugée trop lisse. Ou simplement parce que quelqu’un, dans l’équipe, a senti que ce titre devait respirer autrement.


Une chanson qui ne force rien


« Puisque quelqu’un m’attend

Je m’sens comme un enfant

Je ne fais plus semblant »

Martine Clémenceau ne chante pas ça comme une évidence joyeuse. Elle le chante comme une conquête.

Tout est dans l’interprétation. Et dans ce qu’il y a entre les lignes.


Quand elle chante « je montrerai les dents », c'est pour le sourire retrouvé, mais aussi il y a une forme de combat. Une volonté de sortir de quelque chose. Le texte parle d’attente, mais aussi de survie.


La chanson raconte une bascule. Le moment où quelqu’un entre dans votre vie et change la perspective, suffisamment pour que tout le reste paraisse moins lourd.

C’est une chanson sur l’espoir, oui. Et personnellement, c’est un souvenir très fort, lié à un amour à sens unique, qui a critallisé à jamais cette période, comme beaucoup de chansons qu'on relie à son histoire personnelle.



Un album ambitieux… mais discret


Quand on regarde les crédits de l’album, on comprend que Polydor n’a pas fait les choses à moitié.

Réalisation signée Bernard Estardy, musiciens solides, studios réputés, et une photo de pochette signée Bettina Rheims.

Autrement dit, il y avait du budget. Et de l’espoir.


Mais le disque ne trouve pas vraiment son public.

Le 45 tours Puisque quelqu’un m’attend ne bénéficie pas d’une énorme promotion. Et dès l’année suivante, un nouveau titre arrive, Cosmonaute, signé notamment par Luc Plamondon.

On passe déjà à autre chose.


Les années 1980 ne sont pas tendres avec les femmes auteures-compositrices.

Comme le rappelait très justement un discours de la SACEM, il y en a peu. Et elles doivent souvent prouver deux fois plus.

Entre Véronique Sanson, Catherine Lara ou Alice Dona, les trajectoires existent, mais elles restent minoritaires.


Martine Clémenceau, elle, cochait toutes les cases. Autrice, compositrice, interprète. Et même créatrice d’un tube international.

Mais ça ne suffit pas toujours.


La vie, simplement


En 1986, elle met sa carrière entre parenthèses pour s’occuper de sa fille malade. Sept années loin des projecteurs. Et dans ce métier, une absence, c’est souvent un effacement.

Elle reviendra, écrira pour d’autres, notamment Herbert Léonard ou Dave.

Et des chansons comme Puisque quelqu’un m’attend resteront dans un coin de l’histoire.


Juste une phrase répétée comme un mantra : Puisque quelqu’un m’attend.

Et parfois, ça suffit.



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