Ex fan des sixties - Jane Birkin : les clés de l’album.
- L'Agent Secret des Chansons

- il y a 4 heures
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Les repères essentiels pour comprendre l’album en 2 minutes.

CARTE D’IDENTITÉ :
Titre officiel | Ex fan des sixties |
Artiste | Jane Birkin |
Date de sortie | Février 1978 |
Contexte | Quatrième collaboration discographique avec Serge Gainsbourg, année paradoxale pour lui marquée aussi par Sea sex and sun |
Style dominant | Pop littéraire, élégance seventies, ironie mélancolique |
Label / maison de disque | Fontana (Phonogram) |
Collaborations / producteurs clés | Serge Gainsbourg (auteur, compositeur), Alan Hawkshaw (arrangements, direction musicale), musiciens londoniens (Alan Parker, Brian Odgers…) |
LE MOMENT DANS LA CARRIÈRE
En 1978, Jane Birkin est d’abord une star de cinéma. Depuis La piscine, elle enchaîne comédies à succès et rôles plus ambitieux. Sa carrière de chanteuse passe au second plan.
De son côté, Gainsbourg traverse une période délicate : ses albums personnels se vendent mal, certains le surnomment cruellement « Monsieur Birkin ».
Pris par son film Je t’aime moi non plus, il n’avait pas finalisé Lolita go home, qui fut un semi-échec. Gainsbourg veut offrir à Jane un grand disque, à la fois léger et grave.
Paradoxe : la même année, il signe le tube estival Sea sex and sun, « torché en deux minutes » selon ses dires, pendant qu’il prépare déjà sa métamorphose reggae.
LES TITRES ESSENTIELS
Ex fan des sixties : Nostalgie vibrante des idoles disparues (Hendrix, Morrison, Joplin…). Un travail vocal intense pour Jane, né dans la douleur des studios.
Apocalypstick : Jeu brillant autour du maquillage et de l’image publique de Jane, entre glamour et apocalypse intime.
L’aquoiboniste : Portrait désabusé inspiré de Jacques Dutronc, refusé par Françoise Hardy. Philosophie du détachement devenue culte.
Le velours des vierges : Poème en « septains d’heptasyllabes », lyrique et inattendu, sommet formel de l’album.
CE QUI DISTINGUE L’ALBUM
Ex fan des sixties est un laboratoire d’écriture où Gainsbourg s’amuse des contraintes : rimes en X dans Classée X, hommage à Raymond Queneau dans Exercice en forme de Z, construction poétique sophistiquée dans Le velours des vierges.
Le disque oscille entre ironie pop et gravité sourde : dépression dans Dépressive, désillusion amoureuse dans Vie mort et résurrection d’un amour passion.
Musicalement, les arrangements londoniens d’Alan Hawkshaw apportent une élégance souple et moderne.
Un album attachant parce qu’il ne cherche pas l’esbroufe : tout repose sur le texte, la nuance, la faille.
ACCUEIL ET IMPACT
Le single Ex fan des sixties grimpe jusqu’à la 26e place du hit-parade RTL. Contrairement à Lolita go home, l’album offre deux titres bien diffusés en radio : Ex fan des sixties et Apocalypstick.
L’album n’est pas un raz-de-marée commercial, mais il s’impose avec le temps comme l’un des disques les plus fins du tandem Birkin-Gainsbourg.
Il annonce en creux les grandes orchestrations mélancoliques de Baby alone in Babylone.
SECRETS ET ANECDOTES
L’enregistrement du titre Ex fan des sixties tourne au cauchemar : une cinquantaine de prises, tensions, abandon temporaire. Jane parlait longtemps après d’un traumatisme.
Six mois plus tard, après les morts d’Elvis et de Marc Bolan, les paroles évoluent, et la prise devient miraculeusement la bonne.
Une version anglaise, Ex fan of the sixties, est enregistrée mais rejetée par la filiale londonienne de Phonogram.
Rocking chair avait été créé quatre ans plus tôt par Isabelle Adjani à la télévision.
La réédition CD ajoute Ballade de Johnny Jane, Raccrochez c’est une horreur et Yesterday yes a day (BO du film Madame Claude), première chanson écrite par Jane elle-même.
POURQUOI L’ÉCOUTER ?
Pour sa nostalgie élégante et ses jeux littéraires.
Pour entendre Jane Birkin fragile, ironique et profondément humaine.
Pour redécouvrir un Gainsbourg joueur, avant la grande mélancolie orchestrale.
Pour sa cohérence rare : aucun titre inutile, une vraie respiration d’ensemble.
Et parce qu’au milieu d’une année où culmine le tube Sea sex and sun, ce disque prouve que la délicatesse peut être plus subversive que le scandale.
L’AVIS DE L’AGENT SECRET
Mon album préféré du tandem, sans hésiter, même sans les grandes envolées des années suivantes.
Ici, Jane joue sur ses deux tableaux : mutine et solaire d’un côté, fragile et mélancolique de l’autre.
Deux autres titres à écouter : Mélo mélo, qui clôt l’album, m’embarque toujours, avec ses riffs de guitare en boucle, puis son solo de synthé (signé Alan Hawkshaw). Ainsi que Mélodie interdite, qui avance sur un motif de piano obsédant, et qui porte bien son nom : Gainsbourg l’aurait refusée à toute autre voix.
Sous ses airs parfois légers, cet album est un écrin sur mesure pour toutes les facettes de Jane Birkin.


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