Un Noël perdu dans Paris, ou comment Pierre Lapointe a saboté les fêtes avec élégance
- L'Agent Secret des Chansons

- 18 déc. 2025
- 2 min de lecture
Dans "Un Noël perdu dans Paris", pas de guirlandes, mais des trottoirs humides, des verres bus seul « parce que ça fait viril », et une rupture. Pierre Lapointe signe ici l’un des plus beaux spleens hivernaux de la chanson francophone récente.
Sortie en 2020 sur l’album "Chansons hivernales", avec d’autres superbes titres comme "Maman, Papa" et "Le premier Noël de Jules", la chanson ressemble à une carte postale qu’on n’ose pas envoyer. Un Québécois exilé à Paris, un amour qui s’est évaporé trop près de Noël, et cette idée terrible qu’on aurait dû faire semblant encore un mois, juste pour sauver la façade.
Lapointe a l’art de dire les choses moches avec des mots splendides. Même quand il se traite lui-même de type arrogant et fragile.
Musicalement : une batterie légère, une flûte traversière qui évoque presque l’enfance, un clin d’œil à l’air traditionnel Niño Lindo. Tout semble doux… sauf le cœur. Derrière l’orchestration élégante, arrangée par Owen Pallett et portée par un orchestre symphonique, le malaise s’installe doucement sous le sapin. La neige n’est pas faite pour Paris, et l’amour non plus, visiblement.
Pierre Lapointe adore jouer avec l’hiver. "Chansons hivernales" n’est pas un album de Noël au sens classique, c’est un disque sur ce que les fêtes réveillent quand tout ne va pas bien. La solitude, les bilans, les excès, les souvenirs qui font plus mal que chaud. Et au milieu de tout ça, cette chanson, noire et magnifique, qui regarde la fête de loin.
Lapointe, dandy excentrique et chanteur populaire assumé, continue ici de prouver qu’il est un immense auteur. Capable de convoquer Quasimodo à Belleville, la Seine comparée au Nil, et de transformer Paris en décor de gueule de bois sentimentale. Rien n’est gratuit, tout est finement écrit, même quand ça sent la défaite amoureuse.
"Un Noël perdu dans Paris", c’est la preuve qu’on peut écrire une chanson de Noël sans joie, sans clochettes, et toucher juste. Une chanson pour ceux qui marchent seuls en décembre, qui regardent les vitrines sans y croire, et qui savent que parfois, le pire Noël de sa vie peut aussi devenir une grande chanson.


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