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Itsi Bitsi Petit Bikini (1960) : comment Dalida a imposé le bikini en chanson

Dernière mise à jour : 4 janv.



Histoire des adaptations et covers.


En 1960, la France découvre les transistors à la plage, la télévision entre doucement dans les foyers, et une chanteuse s’apprête à raconter en un peu plus de deux minutes une histoire de cabine, de regards gênés, de pois rouges sur fond jaune, et d’un bikini trop petit pour l’époque.


Itsi bitsi petit bikini, comme la plupart des chansons yéyé qui suivront, est importée d’outre-Atlantique. En juin 1960, Brian Hyland, un adolescent de seize ans, enregistre Itsy Bitsy Teeny Weeny Yellow Polkadot Bikini (écrite par Paul Vance et Lee Pockriss). Tout est là : une narration en trois actes, une voix off féminine qui relance l’histoire, un refrain impossible à oublier et un sujet encore sensible aux États-Unis : le bikini.


Car si l’Europe a déjà commencé à s’habituer au deux-pièces, ce n’est pas encore le cas des plages américaines. Mais la chanson parvient à faire évoluer les mentalités avec humour et légèreté. Résultat immédiat : numéro 1 du Billboard en août 1960.


La chanson arrive en France quelques semaines plus tard. Lucien Morisse et André Salvet adaptent le texte pour Dalida, également sous la forme d’un petit sketch en trois actes : une cabine de plage, une jeune femme qui hésite, un public complice invité à compter jusqu’à trois.


Dalida est alors à un moment délicat de sa carrière. Elle a enchaîné les succès dans les années 50, mais elle cherche comment rentrer avec brio dans cette nouvelle décennie, qui risque de s’avérer catastrophique pour les chanteurs « d’avant ». Itsi bitsi petit bikini tombe donc parfaitement bien.


A l’époque, Charles de Gaulle est président, et sur les plages françaises, la norme est au maillot une-pièce. Le bikini est toléré sur la Côte d’Azur, beaucoup moins ailleurs, et la chanson, sous ses airs amusants, fait frissonner sans choquer.


Le succès est immédiat : Dalida devient n°1 du hit-parade en France, en Belgique et au Québec. Mais elle n’est pas seule sur le coup. Johnny Hallyday enregistre sa propre version, suivi de Richard Anthony. Dario Moreno, Line Renaud, Ginette Garcin s’invitent à la plage. Tout le monde veut son bikini.


Face à la concurrence, Lucien Morisse, directeur des programmes d’Europe 1 et compagnon de Dalida, craque. En octobre 1960, il casse en direct le disque de Johnny Hallyday dans son émission, jurant que c’est la dernière fois qu’on l’entendra. Johnny, de son côté, commentera plus tard qu’on ne lui avait jamais fait chanter un truc aussi débile.


Malgré tout, la chanson continue son tour du monde. Caterina Valente, Manolo Nuñez, Marino Marini s’y collent, et Dalida elle-même enregistre une version italienne, Pezzettini di bikini. Au Japon, Kyu Sakamoto en fait une version chantée en japonais sur un titre anglais. Le bikini parle toutes les langues.



Certaines adaptations sont surprenantes : à Cuba, une parodie révolutionnaire détourne la chanson sous le titre El Cohete Americano, et en Allemagne, Die Toten Hosen en feront plus tard une reprise punk dont l’objectif semble être de brûler le maillot plutôt que de le porter. Et en 1990, Bombalurina en fait une version quasi techno, n°1 en Angleterre.


Avec son bikini, Dalida a capturé un instant précis où la France commence à regarder l’été autrement. C’est un moment où la chanson populaire devient un terrain de jeu, de débat, de liberté. Finalement, ce bikini-là n’était pas si petit, il était juste en avance!



Quelques autres adaptations en 1959 et 1960 : Nouvelle Vague par Richard Anthony (Three Cool Cats des Coasters), Souvenirs, souvenirs par Johnny Hallyday (Souvenirs par Bill Ramsay), Tu parles trop par les Chaussettes Noires (You talk too much par Joe Jones).


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